Deadpool – Tim Miller

Deadpool

Dire que j’attendais Deadpool avec impatience est un euphémisme. Et ce pour deux raisons. La première est le personnage en lui-même. Je n’ai découvert son existence dans l’univers Marvel que récemment mais le concept qui se cache derrière m’excitait beaucoup. Pensez donc ! Un mercenaire schizophrène ultra violent, balançant des vannes à tire larigot, conscient de sa condition de personnage de bande dessinée et brisant constamment le quatrième mur ? Les possibilités en matière de narration sont infinies. D’ailleurs Deadpool est une sorte d’exutoire pour les auteurs et les dessinateurs de Marvel, leur permettant d’échapper pendant un temps au carcan ultra codifié qui leur est habituellement imposé.

La deuxième raison à mon impatience est la fantastique campagne marketing orchestrée par la Fox ces derniers mois. Les nombreuses affiches très drôles qui ont inondé le net, les promesses d’un film classé R (interdit aux mineurs non accompagnés d’un adulte), les deux bandes annonces… Tout laissait présager un film à la hauteur des attentes que suscitait le personnage.

Deadpool 02

Mais comme à chaque fois qu’on attend autant quelque chose, les risques d’être déçu sont tout aussi grand. Qu’en est-il au final ? La réponse est un peu compliquée.

Ma plus grosse crainte portait sur le quatrième mur. Pour ceux qui l’ignore, il s’agit d’un concept né au théâtre et qui désigne la séparation invisible entre la scène et les spectateurs. Quand on parle d’un personnage qui brise le quatrième mur, il s’agit en fait d’un personnage qui s’adresse directement au public, ce qui est, par convention, interdit. Si vous avez vu House of Cards et/ou House of Lies, vous voyez forcément de quoi je parle.

Le procédé peut-être très intéressant et peut réellement apporter quelque chose à la narration quand il est bien utilisé. Mais il peut également vite viré au gimmick insupportable lorsqu’il est utilisé à vide. Et les risques étaient grands concernant Deadpool. Heureusement, ce n’est pas le cas. Il n’y a finalement que peu de moments où il s’adresse vraiment à nous et c’est en général plutôt discret. Reste que ça se limite quand même au « coup de coude » au spectateur et que ça n’apporte donc pas grand chose d’autre que quelques sourires.

Deadpool 01

Autre problème que soulève Deadpool, son scénario. Le personnage est volontairement outrancier et jusqu’auboutiste dans le comics. C’est son essence même. Le transposer au cinéma posait donc un très gros problème. S’il devenait un personnage sérieux, ça n’avait plus de sens, s’il restait complètement dans la lignée de la bande dessinée il virait forcément au ridicule (il y a des choses que l’on accepte dans une bande dessinée et pas dans un film). Le choix a donc été fait d’essayer de trouver un juste milieu entre ces deux extrémités.

Deadpool 03

Les scénaristes ont donc collés une histoire d’amour et de vengeance ultra premier degré à un personnage qui évolue constamment dans le trente sixième. Le résultat ? Un ouf de soulagement. Ça aurait pu être bien bien pire.

Deadpool n’est ni une sombre merde, ni un film génial. C’est juste un film qui s’en sort comme il peut avec les handicaps qui le plombaient dès le départ. Certains passages sont vraiment très drôles (la scène de sexe utilisée comme indicateur de temps, la création du costume, la relation avec Blind Al) et vous passerez de toute façon un bon moment en allant le voir. Mais il y avait beaucoup mieux à faire et j’ai passé beaucoup de temps à pester contre ce que j’appellerai « l’irrévérence officielle ».

Le film me fait effectivement l’effet d’être en constant dérapage contrôlé. Les gags et les attaques gratuites semblent calculées au millimètre pour faire rire le spectateur sans trop le choquer, lui donner l’illusion qu’il regarde un truc qui dénonce le système. Alors qu’en fait tout, de A à Z, a justement été étudié et validé par le dit système. Deadpool aurait énormément gagné à être confié à de véritables punks du cinéma mais le résultat aurait sans doute beaucoup moins plu Disney.

Deadpool 04Finalement le plus grand mérite du film est de donner un peu d’air frais à Marvel dont le MCU commençait à gonfler un peu tout le monde. Et le véritable carton de Deadpool aux US ce weekend va peut-être leur donner envie de lâcher un peu plus la bride. En tout cas, il faut l’espérer.

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