Dummy – Portishead

dummy

La chronique qui suit va être l’occasion pour moi de faire une entorse à la ligne directrice que je m’étais fixé jusqu’ici. Pour le moment, j’ai toujours pris soin de parler d’albums ayant fait des cartons monstrueux et créés par des artistes leaders dans leur genre. Si j’avais appliqué cela aujourd’hui, ce n’est pas du Dummy de Portishead dont nous parlerions mais du Mezzanine de Massive Attack. Seulement voilà, j’ai toujours préféré le groupe de Beth Gibbons à celui Daddy G et 3D. Alors oui, Massive Attack a eu un plus gros impact sur la musique que Portishead, oui ils sont largement plus connus, mais ce sont mes chroniques et je fais ce que je veux. Et puis autant vous faire découvrir un groupe avec une notoriété moindre. Mais de toute façon, je vais être forcé de parler de Massive Attack…

Nous l’avons vu avec la chronique de The Fat of the Land, les années 90 ont permis l’explosion de la musique électronique. Et quand on parle de ce genre, on pense immédiatement aux basses surgonflées et aux bpm ultra élévés. Or c’est oublié une grande partie de ce qui constitue la musique électronique. Allez, suivez moi, je vous amène à Bristol.

Charmante bourgade du sud ouest de l’Angleterre, Bristol a longtemps été un des ports les plus importants dans le commerce d’esclaves. Vous allez me dire que vous ne voyez pas le rapport avec la musique, mais j’y viens. Cette “particularité” de la ville en a fait, au fil des siècles, une des plus mélangées de la perfide Albion. Forcément, cette mixité sociale et raciale se répercute dans la musique. A la fin des années 80, on trouve notamment beaucoup de jamaïcains très au fait de toutes les musiques à base de samples (rap et musique électronique principalement). Bristol devient donc à cette époque un véritable laboratoire musical géant où s’entrechoquent les cultures et les arts venus d’un peu partout à travers le monde.

Parmi les plus actifs et qui émergent rapidement de cette soupe primordiale on trouve Robert Nel Naja et Grant Marchall, alias Daddy G et 3D, deux DJ membres du collectif The Wild Bunch (pour la culture, sachez qu’on appelle ça un soundsystem). Une fois leur premier contrat décroché, le nom va changer pour devenir Massive Attack et ils sortiront leur premier album, Blue Love, en 1991. C’est un très gros succès en Angleterre et le savant mélange de samples planants, de magnifiques voix très différentes (Massive Attack n’a pas de chanteur/chanteuse attitré, cela change au gré des chansons et des albums, même si Tricky reste intimement lié au groupe) et d’ambiances jazzy va inspirer énormément de monde, jusqu’à créer un véritable courant : le trip-hop.

Et c’est durant cette même année 1991 que va se former le groupe Portishead (Pour l’anecdote, sachez que Portishead est le nom du port situé à quelques kilomètres de Bristol (qui est un peu plus dans les terres)). Né de la rencontre de Geoff Barrow, DJ de son état et de Beth Gibbons, chanteuse et compositrice, l’histoire commence quand la seconde demande au premier de retravailler sa chanson It Could Be Sweet. Ensuite… Hé bien ensuite on en sait pas beaucoup plus. En effet le groupe a une sainte horreur de la presse et s’exprime très peu dans les médias, on ne sait donc pas grand chose du processus de création de Dummy. La seule chose évidente : cela a été relativement long (plus de deux ans) puisque l’album n’est sorti qu’en août 1994.

En amont, deux singles sont envoyés aux radios. Numb tout d’abord :

Suivi un mois plus tard par Sour Times :

Et ils mettent tout de suite en place ce que sera Dummy. Quelque chose de beau, triste, et mélancolique. La voix aérienne de Beth accentue constamment cette impression cotonneuse et flottante que vous ressentez à l’écoute de la musique. On s’imagine sans mal en train de marcher de nuit sur un quai gris de l’Angleterre, errant sans but dans un brouillard simplement perturbé par la lumière orange de vieux réverbères. D’ailleurs ces sensation vivaces qu’inspirent immédiatement la musique de Portishead lui donnent des airs de bande originale de film noir.

Le succès est immédiatement au rendez-vous et l’album se vend très bien, que ce soit au Royaume-Uni ou à l’international. Massive Attack a créé une véritable attente et envie chez le public pour la trip-hop, et Portishead arrive à point nommé pour les remplir. Mais la chanson qui va faire exploser la popularité du groupe, c’est Glory Box :

Même si le nom de Portishead ne vous dit rien, si vous avez vécu les années 90, vous avez forcément entendu ce morceau à un moment où un autre. Quintessence même du son du groupe, il passera sur toutes les radios et sera utilisé dans de nombreux films et de nombreuses séries télés. Le reste des chansons est dans la même veine, si l’on excepte quelques morceaux (Strangers, Biscuit) qui s’aventurent un peu plus vers le noise, une autre branche de la musique électronique qui, comme son nom l’indique, utilise beaucoup de bruits plus ou moins distordus. Et c’est d’ailleurs vers ce type de musique que le groupe ira pour son album suivant, à mon grand regret.

Hormis cet écart, difficile de rester insensible à Dummy. Que ce soit Mysterons, It’s a Fire, Roads… Les chansons vous serrent toutes plus le coeur les unes que les autres faisant de l’album le parfait compagnon pour un jour de pluie ou une rupture amoureuse. Les paroles à la fois poétiques et poignantes grâce à la plume subtile de Beth vous emmèneront sans effort dans son univers. Avant de partir je tiens à mettre en avant la plus belle chanson que Dummy a à vous offrir, celle qui vous plongera instantanément dans ce monde tout en nuances de gris où pluie et larmes se mêlent, Wandering Star :

Alors oui Massive Attack a eu un plus grand succès, a sorti bien plus d’albums et existe toujours à l’heure où j’écris ces lignes. Mais ils n’ont à mon sens jamais composé une chanson qui arrive ne serait-ce qu’à la cheville de Wandering Star. Cela suffit à mon sens pour justifier la présence de Portishead ici.

Fiche Technique :

Album : Dummy
Artiste : Portishead
Année de Production / de Sortie : 1992-1994 / 1994
Durée de la première édition : 49 minutes
Tracklist :
01 – Mysterons
02 – Sour Times
03 – Strangers
04 – It Could Be Sweet
05 – Wandering Star
06 – It’s a Fire
07 – Numb
08 – Roads
09 – Pedestal
10 – Biscuit
11 – Glory Box

Playlist Complète

Cet article a été publié dans Chronique Musique, There's nothing like the 90's. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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