Jagged Little Pill – Alanis Morissette

Jagged Little Pill

Si vous avez deux minutes devant vous, avant de commencer à lire à cette chronique, jetez un oeil à votre CDthèque (ou votre mp3thèque) et faites un rapide compte du nombre de chanteuse. Ça fait pas beaucoup hein ? Le milieu musical n’est pas détaché du reste de la société, il est donc plutôt logique d’y retrouver les mêmes disparités. Et si vous trouvez que c’est peu à l’heure actuelle, je peux vous assurer que c’était encore bien pire dans les années 80. Celle qui va changer les choses, c’est Madonna. On peut ne pas l’aimer, mais personne ne peut lui retirer qu’à l’époque, elle était la seule à tenir la dragée haute à Michaël Jackson en terme de vente et de reconnaissance. Elle va ainsi entrouvrir un peu la porte pour les copines qui arriveront après.

Femmes des années 90

Le résultat de cette ouverture s’est fait ressentir dans le deuxième partie des années 90. Ce fut une véritable explosion de chanteuses à travers le monde, et aux USA en particulier. Il y aura même la création du Lilith Fair, un festival international de musique où seule des chanteuses se produisaient. Et je peux vous dire qu’il y avait largement de quoi occuper les différentes scènes. Jugez plutôt : Sheryl Crow, Fiona Apple, Meredith Brook, Joan Osborne, Natalie Imbruglia, Neneh Cherry, Missy Elliott… Je pourrais continuer la liste pendant un petit moment. Sans compter que la plupart sont non seulement chanteuses mais également compositrices et/ou auteurs de leurs textes. Et toutes sont apparues ou ont eu du succès à cette époque.  Mais s’il est une figure de proue à ce mouvement, c’est bien Alanis Morissette.

Le vilain petit canard

Pourtant rien ne la prédestinait à cela, et surtout pas son début de carrière. En effet, en juin 1995, quand sort Jagged Little Pill, la canadienne vient tout juste de fêter ses 21 ans et n’a à son actif que deux albums, jamais sortis en dehors de son pays natal, et dont la musique, une sorte de dance/pop pour adolescente, l’ont rangé dans la case “artiste jetable”. Mais Alanis n’aime pas trop les cases.

En 93, après l’échec de son deuxième album, la jeune femme se retrouve sans contrat. Epaulée par ses parents, elle décide alors de quitter Ottawa pour Toronto où elle fera la connaissance d’un manager qui la présentera à Glen Ballart. Le monsieur n’est pas n’importe qui. Auteur et producteur reconnu (il a notamment travaillé avec Michaël Jackson), il croit tout de suite aux capacités de la chanteuse et l’invite dans son studio pour composer un album et en faire une maquette. Et ils le feront à raison d’une quinzaine d’heures de boulot et une chanson par jour.  Leur démo sous le bras, ils vont démarcher une quantité industrielle de labels mais quasiment tous refuseront de produire l’album. C’est finalement Maverick Records qui acceptera. Les prises vocales de la démo sont tellement bonnes qu’elles seront utilisées tel quel sur l’enregistrement définitif et deux mois plus tard l’album sort officiellement.

A l’époque aux USA, il n’y a que deux moyens pour un musicien de se faire connaître : la radio et MTV. C’est la première solution qui aidera Alanis Morissette. Les radios rock apprécient énormément You Oughta Know,  le premier single, et commencent à le passer en boucle. Oui j’ai bien dit radio rock. Parce que l’ado chanteuse de pop est bien loin. La preuve :

La musique avec son petit accent jazzy (merci la basse et la charleston) et son refrain, très rock et rentre dedans, sont à mille lieux de ce qu’Alanis faisait auparavant. Le morceau commence à passer en boucle sur les radios, puis, par effet boule de neige, il en ira de même pour le clip sur MTV. En quelques jours, le single est un véritable hit et l’album se vend comme des petits pains. Et si le succès est retentissant aux US, il le sera tout autant l’international avec le deuxième single, Hand in my Pocket, qui, avec son riff entêtant, reste sans doute à ce jour sa chanson la plus connue :

Et les singles vont s’enchaîner ainsi pendant plusieurs mois pour continuer de soutenir les ventes insolentes. Au bout du compte, c’est la moitié des douze chansons de l’album qui aura le droit à une sortie. La tournée qui a lieu en même temps, au départ très modeste, va rapidement se transformer en tour du monde de dix huit mois. A quoi peut-on attribuer ce succès incroyable ? Plusieurs choses.

Les textes d’abord. Parfois très sérieux lorsqu”ils abordent des sujets tels que la déception amoureuse (You Oughta Know), la  critique de la religion catholique (Forgiven) ou la dépression (Mary Jane), ils savent également être très drôles, voire féroces (Ironic, Right Through You ou Not The Doctor).

La musique ensuite. Ce rock alternatif très simple sur la forme (le trio magique guitare-basse-batterie, une production sobre et sans fioriture) est ultra efficace et porte parfaitement les textes, sachant les mettre en valeur. Les guitares n’hésitent jamais à se faire entendre, mais savent également rester en retrait quand c’est nécessaire. Bref tout est à sa place et cela rend les chansons très fluides et naturelles. Ce sont presque des évidences.

Enfin, et non des moindres, la voix d’Alanis. Avoir un chanteur ou une chanteuse avec une voix aussi caractéristique, c’est plutôt rare. Reconnaissable entre mille, son timbre légèrement traînant et chaud vous enveloppe et vous plonge immédiatement dans son univers. Beaucoup essaieront de l’imiter par la suite, mais personne ne lui arrivera à la cheville.

Au final, on se retrouve avec un album sans temps mort, où il n’y absolument rien à jeter et où chaque morceau est un hit en puissance. L’écouter de bout en bout est un véritable bonheur auditif et jamais vous n’avez l’envie de passer une piste. Mais si, sous la contrainte, je devais n’en sortir qu’une alors ce serait Ironic :

Il n’aura donc fallu qu’un album à Alanis pour sortir de la case où l’avait un peu trop vite rangée. Devenue un véritable symbole de la vague pop/rock féminine de la fin des 90, elle ne retrouvera malheureusement jamais la grâce qui l’avait touchée sur Jagged Little Pill. En effet ses albums suivants, s’ils comportent tous quelques excellents morceaux, ont perdu cette simplicité et cette efficacité qui faisait sa force. Mais je pense que n’importe quel chanteur serait prêt à payer ce prix pour accomplir une fois dans sa vie une oeuvre de cette importance.

Fiche Technique :

Album : Jagged Little Pill
Artiste : Alanis Morissette
Année de Production / de Sortie : 1994-1995 / 1995
Durée de la première édition : 57 minutes (avec la piste cachée)
Tracklist :
01 – All I Really Want
02 – You Oughta Know
03 – Perfect
04 – Hand in my Pocket
05 – Right Through You
06 – Forgiven
07 – You Learn
08 – Hand Over Feet
09 – Mary Jane
10 – Ironic
11 – Not the Doctor
12 – Wake Up

Playlist Complète

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3 commentaires pour Jagged Little Pill – Alanis Morissette

  1. Sander Spade dit :

    Et en plus elle a joué Dieu dans Dogma (1999).

  2. grizilhon dit :

    Ouai, et même qu’elle est l’interprète de la chanson « Still » sur la BO de Dogma.
    Il y a aussi la chanson « Uninvited » qui apparaît dans le film « La Cité des anges » de 1998, magnifique chanson, et très joli film (à voir ! Si ce n’est déjà fait), romantique et dramatique à souhait, avec Meg Ryan et Nicolas Cage.
    J’aime le titre « I Was Hoping » de l’album Supposed Former Infatuation Junkie (mais cette version : https://www.youtube.com/watch?v=QpL-eP69tio), que j’écoutais beaucoup quand j’étais une ado naïve et mélancolique…

  3. Arkane Derian dit :

    Dogma
    RIP Alan Rickman

    Et merci pour le lien de la version unplugged de I Was Hoping, je ne la connaissais pas. Je continue de préférer la version originale mais j’aime bien ce qu’elle en a fait en acoustique.

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