Bridge of Spies – Steven Spielberg

Bridge of Spies

Dans la carrière de Spielberg, il y a clairement un avant et un après The Schindler’s List. Depuis la sortie de ce dernier en 1993, le réalisateur américain s’est progressivement éloigné du pur divertissement qui a fait son succès (et révolutionné tout Hollywood) pour se diriger de plus en plus souvent vers des sujets sérieux voire graves (Amistadt Save Private Ryan, Munich, War Horse…). En ce qui me concerne, je préfère nettement la première partie de sa carrière, jalonnée de classiques intemporels (Jaws, Encounter of a Third Kind, Raiders of the Lost Ark, E.T.). Et honnêtement, si Bridge of Spies n’avait pas évoqué la Guerre Froide, je n’aurais sans doute pas été le voir.

Parce que oui, la Guerre Froide me fascine. C’est ma période préférée de l’Histoire. Se dire que durant quelques années le monde était au bord de l’autodestruction est tout simplement une source d’inspiration inépuisable pour un écrivain.

Bridge of Spies 02C’est donc en 1957 que l’action prend place. James Donovan (joué par l’impeccable Tom Hanks) est un brillant avocat spécialisé dans les conflits d’assurances. Ses patrons, sur la demande de l’État fédéral, lui proposent de prendre la défense de Rudolf Abel (joué par l’inconnu mais néanmoins excellent Mark Rylance), un espion à la solde des russes capturé sur le territoire américain. Autant dire qu’à l’époque, cela revient à défendre le diable incarné. Donovan le sait et malgré quelques légitimes hésitations, sa droiture morale et son éthique d’avocat le poussent à accepter.

Si la première moitié du film tourne autour de cette affaire, la seconde partie dépeint l’incroyable situation qui va en découler. Donovan va en effet se retrouver à servir d’intermédiaire entre les deux États ennemis pour un échange de prisonniers dans lequel tous ses talents de négociateurs vont être mis à rude épreuve.

Bridge of Spies 03L’histoire est en grande partie vraie (il y a évidemment de nombreux arrangements pour les besoins du film) et prenante de bout en bout. Appuyée par une reconstitution de l’époque d’une grande finesse (les décors, costumes et accessoires sont tous parfaits), il est difficile de ne pas rester scotché de bout en bout. On reconnait bien là le savoir-faire de Spielberg en matière de rythme et de suspens. La réalisation est dans la droite ligne de ce qu’il nous a habitué à voir ces dernières années : sobre et efficace.

Il y a toutefois un plan qui m’a complètement scotché, ce qui est assez rare pour être signalé tellement il n’est pas du genre à faire dans l’esbroufe. Il s’agit du plan d’ouverture. Ce n’est pourtant qu’un travelling arrière mais sa composition est absolument superbe. On y voit d’abord le visage d’Abel en gros plan puis la caméra s’écarte lentement et on se rend compte que l’on est face à un miroir et le véritable Abel apparait. La caméra continue de reculer pour finalement révéler que ce dernier est en train de dessiner son auto-portrait. A l’écrit cela rend beaucoup moins bien évidemment, mais je vous assure que lorsque vous êtes devant l’écran, c’est une merveille. En un seul plan, Spielberg met en place tout le jeu de faux-semblants, de postures et de façades que représente la Guerre Froide.

Bridge of Spies 01

Et c’est la très grande force du film. Avoir réussi à retranscrire l’ambiance complexe de ce conflit qui n’en est pas un. Tous ces moments où, si un camp perd la face, le spectre de la bombe peut soudainement prendre corps, sont décrits avec une grande justesse. Se dire que la catastrophe est passée si près pour si peu de chose, ça vous donne froid dans le dos.

L’autre atout de Bridge of Spies, c’est le personnage de Donovan tel qu’il est dépeint. Difficile de ne pas pas penser à Jim Garrison, le procureur interprété par Kevin Costner dans le JFK d’Oliver Stone. On retrouve la même soif de justice, la mêeme profonde croyance en l’État et sa constitution, et la même envie de les protéger, coûte que coûte. De véritables hommes de devoir qui se battent pour ce qui leur semble juste et pas pour la gloire ou leur profit personnel.

Dernière chose notable, et non des moindres, John Williams ne s’est pas occupée de la musique. C’est seulement la deuxième fois dans la carrière du réalisateur que son fidèle comparse n’est pas de l’aventure (raison de santé). C’est donc Thomas Newman qui l’a remplacé (j’avais beaucoup aimé son travail sur Brothers). Il a parfaitement rempli son rôle même si je trouve que la musique est, de manière générale, un peu en retrait. Sans doute un choix de Spielberg.

Quoi qu’il en soit, si vous avez l’occasion de voir Bridge of Spies, n’hésitez surtout pas. Il doit encore passer dans quelques multiplexes et dans vos petits cinémas de quartiers. Si vous aimez les films qui vous racontent la grande Histoire à travers la petite, vous ne serez pas déçu.

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