The Last of Us – Naughty Dog

The Last of Us

Nintendo ayant décidé de laisser crever sa WiiU au bord de la route (et ses utilisateurs avec), il était temps pour moi de passer à autre chose en matière de console. Je reste un PCiste dans l’âme, mais je m’intéresse au jeu vidéo au sens le plus large et j’ai quasiment toujours eu une console en complément de mon fidèle ordinateur. Il m’a donc fallu faire un choix entre la XBox One et la PS4. Je n’ai pas eu à réfléchir longtemps sachant que The Last of Us est une exclusivité de Sony.

Ça fait des mois que j’entends parler de ce jeu. Des mois qu’on me vente sa réalisation, son scénario et ses combats. J’ai vu défiler des dizaines de tests, tous plus dithyrambiques les uns que les autres à son sujet et il a obtenu un nombre incalculables de prix à travers le monde. Bref, de l’avis général, c’est un jeu que tout gamer doit avoir fait. Qu’à cela ne tienne, j’ai donc revendu ma WiiU et acheté ma PS4 accompagnée de cette perle.

Mais peut-être ne vous intéressez-vous que de loin au monde du jeu vidéo. Voire pas du tout, mais dans ce cas 1) vous avez foutrement tord 2) qu’est-ce que vous foutez ici ? Donc pour les deux du fonds qui ne savent ce qu’est The Last of Us, faisons un petit rappel.

Le jeu s’ouvre sur une séquence d’introduction interactive où vous incarnerez d’abord la jeune Sarah puis son père, Joel, le soir où l’étrange épidémie qui sévit depuis quelques jours devient incontrôlable, transformant ceux qui en sont atteint en monstres s’attaquant aux humains. A la fin de cette séquence, le jeu s’arrête et reprend vingt ans plus tard. Soixante pour cent de la population mondiale est désormais soit infectée, soit morte. Les survivants sont regroupés dans des zones de quarantaine sous le joug de l’armée tandis qu’un groupe de résistants, les Fireflys, est bien décidé à restaurer la démocratie.

Au milieu de tout ça, Joel, désormais seul et proche de la cinquantaine, vit sa vie de contrebandier jusqu’à qu’un concours de circonstance l’amène à devoir faire voyager un type de marchandise bien particulier.

Paysage

Je reste volontairement évasif sur le scénario parce qu’il est effectivement plutôt bien écrit et que sa découverte fait partie des excellents moments du jeu. Et pour vous éviter ma (relative) déception, il faut bien comprendre que ses points forts ne sont pas dans le déroulement de l’histoire, mais plutôt dans l’écriture de ses personnages et de leurs relations. Ne vous attendez donc pas à être surpris par l’histoire principale ou par les thèmes abordés. Cela reste du grand classique du post apo zombie : monde ultra violent, loi du plus fort, questionnement sur la morale… Même si les ennemis ne sont pas des zombies à proprement parlé, si vous êtes un familier de The Walking Dead ou de I am Legend, vous ne serez pas dépaysé. Et c’est d’ailleurs dommage de ne pas avoir chercher à se démarquer un peu plus là-dessus.

Mais la mise en avant par tout le monde de ce scénario et de ces relations entre personnages ont bien failli me faire rapidement arrêter le jeu. Soyez donc prévenu, le début est plutôt poussif et les trois ou quatre premières heures ne sont qu’une (trop) longue mise en place et présentation. J’avais vraiment du mal à comprendre toutes ces louanges tressées depuis deux ans. Il faut dire qu’après avoir enchaîné autant de véritables chef-d’œuvres d’écriture ces derniers temps (Life is Strange, The Vanishing of Ethan Carter, SOMA…), The Last of Us me paraissait un peu trop classique et propre sur lui. Alors je sais qu’il est sorti avant les jeux que je cite mais s’il avait été aussi bon qu’on me l’a vendu, il aurait dû les surpasser.

Joer et Elly

Et puis j’ai compris. En fait, j’ai fais une erreur lorsque j’ai commencé The Last of Us. Je l’ai pris pour un jeu d’aventure narratif, ce qu’il n’est absolument pas. Donc si vous aussi vous aviez cette idée en tête, vous pouvez la chasser tout de suite.

The Last of Us, c’est tout simplement Resident Evil 4 qui aurait échangé son côté pulp pour un truc plus sérieux et réaliste. Il faut donc le juger comme un TPS d’action triple A, avec une histoire qui tient debout et des personnages ultra travaillés. Et là, tout d’un coup, simplement en changeant de perspective, on comprend mieux l’engouement qu’il a provoqué.

Déjà, techniquement, c’est assez bluffant. Il a fallu que je me pince à plusieurs reprises pour être bien certain d’être devant ma console et pas mon PC. Le jeu est vraiment magnifique. Et très fluide en quasi toute circonstance (quelques ralentissements dans certains décors ou quand il y a beaucoup d’effets, mais jamais en dessous des 30 fps). On note un léger clipping par moment, mais c’est vraiment minime.

Clicker

En terme de gameplay, si vous êtes un habitué des TPS, vous trouverez vite vos marques. Mais au-delà des habituelles mise à couvert et gestion des armes, The Last of Us apporte un excellent système de craft. Certes, ça ne va pas chercher bien loin, mais si ne voulez pas trop galérer, vous avez intérêt à vous en servir. Ce qui vous pousse à fouiller les décors pour trouvez les éléments nécessaires à la confection de kit de soins, de grenades ou des couteaux de fortune. Cela amène un petit côté gestion des ressources vraiment sympa. Surtout que les fameux couteaux sont à usage unique et ont une double utilisation. D’une part il vous permettent de tuer instantanément les Clickers, ces monstres aveugles mais à l’ouïe surdéveloppée et qui vous tuent en un coup. D’autre part, les couteaux servent aussi de passe-partout pour accéder à certains salles remplies de loot. Il vous faudra donc parfois choisir.

craft

Autre ajout de The Last of Us par rapport au TPS lambda : la furtivité. Si certains combats sont inévitables, une grande majorité d’entre eux peuvent être complètement esquivé si vous arrivez à rester discret et à vous faufiler. Pour cela vous pourrez utiliser l’écoute attentive, un wall hack qui permet de deviner la présence d’ennemis à travers les murs s’ils sont à portée. S’ils sont immobiles, ils restent invisible. A noter que pour les plus hardcore d’entre vous, il est possible de désactiver ce système.

Je profite de parler de la furtivité pour aborder les deux GROS défauts qui ont fait parti des raisons pour lesquelles j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans The Last of Us. Tout d’abord, les ennemis sont cons comme des balais et myopes comme des taupes. Ils n’ont aucune vision périphérique (et c’est pas de l’exagération, si vous êtes accroupi juste à côté d’eux, ils ne vous voient pas). Il est donc vraiment trop facile de les berner et leur seule tactique, c’est la prise à revers systématique. Bitch please… Half-Life c’était en 1998.  Mais tout cela n’est rien à côté du choix désastreux fait par Naughty Dog. Pendant environ 80% du jeu, vous serez accompagné par un PnJ. Et comme je viens de vous le dire, la compétence des développeurs en matière d’IA frôle le néant. Donc pour éviter que le joueur se retrouve à hurler et jeter sa manette à travers la pièce à cause d’un PnJ boulet, le choix a été fait de les rendre invisibles pour les ennemis tant que ces derniers ne vous ont pas détecté vous. Oui, vous avez bien lu. Vous aller voir un nombre incalculable de fois votre compagnon de route traverser une pièce infestée d’ennemis sans qu’il ne se passe quoi que ce soit. Inutile de vous dire que même avec la suspension d’incrédulité la plus permissive qui soit, ça vous sort complètement de l’ambiance. Alors bien sûr, au bout d’un moment on y fait plus trop attention, mais sans déconner, au lieu de développer un mode multi dont tout le monde se carre, payez vous des IA les mecs.

Du coup, la solution intermédiaire entre le combat et la furtivité, à savoir tuer discrètement vos adversaires devient celle que vous utiliserez le plus vu le taux stupidité qu’on vous oppose. Ce qui vous fera économiser pas mal de munitions par la même occasion. Par contre, ça vous empêchera d’en looter puisque comme pour RE 4, un ennemi mort à tendance à vous donner des munitions pour l’arme que vous êtes en train d’utiliser, donc si vous tuez à main nue, vous n’avez le droit à rien. Ça permet d’équilibrer le jeu et d’éviter le syndrome « arsenal ambulant », même si à la fin du jeu vous aurez une belle panoplie de distributeur de mort.

D’ailleurs à ce propos, vous devrez bien gérer vos armes. Joel n’a en accès rapide qu’un nombre limité d’entre elles. Les autres, vous devrez les récupérer dans votre sac, ce qui prend du temps et ne met pas le jeu en pause. Un système de craft secondaire (qui demande un type de ressource particulier ainsi que des outils et un établi) vous permet de légèrement augmenter ce nombre ainsi que d’améliorer toutes vos armes.

weapon upgrade

Enfin, pour terminer avec l’optimisation, vous récupérez à travers le jeu des cachets vous permettant de rendre Joel plus efficace (plus de points de vie, meilleure rayon d’action de l’écoute..). Mais que ce soit pour les cachets ou les armes, n’espérez pas tout monter à fond pour votre premier run, c’est impossible. Il vous faudra passer par le New Game + pour espérer maxer tout ça et éventuellement trouver tous les documents, pendentifs et comics planqués à travers le jeu. Mauvais point à ce sujet d’ailleurs, le New Game + ne garde pas en mémoire les objets collectés lors de vos runs précédents. Du coup ça devient fastidieux, surtout qu’une fois qu’on connait l’histoire, les longs tunnels de dialogue, vraiment intéressant pour l’ambiance, deviennent vite ennuyeux quand vous voulez simplement avancer pour compléter ce qui vous manque.

Puisque j’évoque le New Game +, parlons de la durée de vie. Je n’ai pas vu de compteur de temps, mais j’ai du passer une bonne vingtaine d’heure sur mon premier run, sachant que j’aime prendre mon temps, que je suis (très) mauvais dès qu’il s’agit de viser avec une manette (déjà qu’avec une souris…) et que je suis loin d’avoir trouver tous les objets. Mais l’aventure est vraiment longue et c’est très appréciable en ces temps de triple A qui se bouclent en 5h. Pour les acharnés il y a d’ailleurs pas moins de cinq niveaux de difficultés. J’ai joué en difficile, soit le troisième niveau, et le challenge était comme je l’aime, à savoir que ça résistait un peu en face, mais pas trop (je déteste refaire le même combat ad nauseam parce que je me fais sniper par un ennemi qui me tire dessus à 300 mètres avec un vieux colt pourri).

Pour terminer un mot sur la très belle BO de Gustavo Santaolalla et notamment le thème principal qui vous prend aux tripes avec sa guitare sèche qui claque. Un très beau travail qui vous accompagne et vous soutient merveilleusement tout au long de l’aventure.

Au final, même si j’ai apprécié d’avoir fait The Last of Us, que Joel et Elly sont sans doute deux des plus beaux personnages écris pour le jeu vidéo (un gros gros bravo à Troy Baker et Ashley Johnson pour leur interprétation d’ailleurs), je suis resté sur ma faim. Le gameplay est très bon, l’histoire et l’ambiance sont fortes, mais le tout ne s’imbrique pas et on ressent un peu trop le découpage action/histoire/action/histoire/action… pour vraiment être plongé dans l’un ou dans l’autre.

Mais je le répète The Last of Us est un très bon jeu qui surclasse la plupart des grosses machines de ces dernières années. Il n’est juste pas aussi bon que beaucoup ont voulu le dire.

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Un commentaire pour The Last of Us – Naughty Dog

  1. Arkane Derian dit :

    Je l’ajoute en commentaire parce que je trouve que ça n’avait pas vraiment sa place dans la chronique du jeu de base, mais j’ai également terminé Left Behind, le DLC disponible gratuitement dans ce remaster.
    Et bien voilà comment j’aurais aimé que soit The Last of Us ! Calqué sur le principe du DLC The Missing Link de Deux Ex : Human Revolution, il remplit une ellipse faite lors de l’histoire principale. Là encore je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler.
    Mais j’ai ressenti plus d’émotions durant les trois courtes heures que dure Left Behind que pendant les vingt de The Last of Us. Ce coup-ci les développeurs ont fait le choix de laisser les combats un peu de côté pour privilégier la narration. Et il y a quelques idées absolument géniales (notamment une, mais je ne vous en parlerais pas parce que c’est le genre d’expérience qui se mérite) et ça me met en rage que le jeu original n’ait pas eu droit à ce genre de trouvaille.
    Si j’osais, je dirais presque que Last of Us vaut plus le coup pour son DLC que pour le reste.

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