Rage Against The Machine – Rage Against The Machine

Rage-Against-the-Machine

1992 : Le metal a terminé de cracher du sang et quelqu’un a finalement débranché la prise. En dehors de quelques mastodontes, le genre n’a plus le droit de cité dans les médias mainstream, rangé dans le placard sur lequel est collé l’étiquette has-been. Il faudrait un miracle pour l’en faire sortir. Soit, qu’à cela ne tienne…

Si le metal est passé en mode sous-marin pour le commun des mortels, dans les petits clubs américains la résistance s’organise. Les metaleux ne sont pas idiots, ils savent qu’ils ne s’en sortiront pas sans changement. Il leur faut inventer quelque chose de nouveau, un truc qui sache coller à l’air du temps. Ce truc, ce sera le Neo Metal (oui bon, les metaleux n’ont pas forcément une grande imagination quand il s’agit de nommer les catégories…). Mais il va falloir patienter un peu avant que Korn, Limp Bizkit ou Linkin Park explose les charts et remplissent les stades. Le vrai point de départ du Neo Metal, l’épicentre du séisme, il se trouve à Los Angeles et date bien de 1992. Il s’appelle pour le moment fusion et est représenté par Rage Against The Machine (que je raccourcirai en RATM pour économiser les touches de mon clavier).

S’il fallait résumer la fusion en deux mots, ce serait : metal et rap. Du premier, RATM va garder le gros son qui tape à base de guitare, tandis qu’il conservera le fait de scander les paroles du second. Rajoutez à cela une basse slapée et bondissante qui claque bien comme il faut, et vous commencerez par avoir une bonne idée de l’identité du groupe. Le premier single, Killing in the Name, est parfaitement représentatif de tout cela :

“Hé mais attendez ! Qu’est-ce que c’est que ces paroles ? Ils disent que notre police est violente, j’ai bien entendu ? Qu’est-ce que c’est que ces terroristes ? Et ils sous entendent qu’elle est raciste ? Et en plus ils utilisent le “F word” ! Mais foutez moi ça en prison immédiatement !”

Voilà à peu près la réaction de la ménagère de moins de cinquante ans américaine et de son mari à l’époque. En dehors de tout ce que RATM a apporté à la musique, il reste avant tout connu et remarqué pour ses engagements politiques d’ultra gauche, appelant tout au long de ses chansons la jeunesse américaine à la révolte contre le gouvernement, les grosses corporations, la religion, la police, la télévision … Bref tout ce qui, de près ou de loin, représente l’ordre établi. Zack de la Rocha, l’auteur et chanteur du groupe, veut réveiller les ados qui se foutent de tout et qui ne prennent pas conscience de ce qui se passe autour d’eux. Et le single suivant, Bullet in the Head, est encore plus virurent, tirant à vue sur toutes les cibles préférées du groupe et dénonçant à quel point les américains sont de bons gros moutons :

Tout l’album est à l’avenant, plein de hargne et de colère (je ne pense pas avoir besoin de vous expliquer le nom du groupe…) . La musique et le chant sont violents et durs à l’unisson, telles des gifles assénées à tous les endormis qui croient vivre dans le pays des libertés. La guitare de Tom Morello fait d’ailleurs des merveilles en se démarquant du jeu classique des metaleux, attirant ainsi l’oreille. Il emprunte beaucoup au jazz mais également au rap, jouant de son instrument comme pourrait le faire un DJ avec sa platine. Vous avez souvent l’impression qu’il scratche la guitare. Les distorsions qu’il arrive à produire sont impressionnantes et deviendront rapidement sa marque de fabrique. Il est depuis devenu un des meilleurs guitariste metal et sans doute celui au son le plus reconnaissable. Ecoutez ce Fistful of Steel, et notamment l’intro, pour vous en convaincre :

L’album va voir un succès colossal, surtout en sachant que c’est un premier album, non seulement aux USA, mais partout dans le monde. D’ailleurs le groupe ne s’intéresse pas qu’aux problèmes intérieurs de son pays. Le clip de Bombtrack apporte ostensiblement son soutient à Abimael Guzman, leader d’un groupe considéré comme terroriste et luttant contre le pouvoir en place au Pérou. La pochette du single est d’ailleurs une photo du Che.

Alors viens l’inévitable question. Un groupe qui fait de la lutte contre le système son fond de commerce peut-il rester crédible quand il amasse des millions grâce au dit système ? Certains vous répondront que c’est une position insoutenable sur le long terme, d’autres que c’est un moyen de lutter de l’intérieur. A vous de vous faire votre opinion.  Reste qu’en dehors de toute considération politique, RATM a sorti un album novateur, avec un son personnel et identifiable et qui fera naître à lui tout seul un courant musical qui dominera la scène metal des années 2000, permettant au genre de sortir de sa naphtaline. Et rien que ça, c’est déjà un miracle.

Enfin, je ne peux décemment pas vous quitter sans vous faire partager mon morceau préféré :

Fiche Technique :

Album : Rage Against The Machine
Artiste : Rage Against The Machine
Année de Production / de Sortie : 1992/1992
Durée de la première édition : 52 minutes
Tracklist :
01 – Bombtrack
02 – Killing in the Name
03 – Take the Power Back
04 – Settle for Nothing
05 – Bullet in the Head
06 – Know Your Enemy
07 – Wake Up
08 – Fistful of Steel
09 – Township Rebellion
10 – Freedom

Playlist Complète

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