Star Wars : The Force Awakens – J.J. Abrams

The Force Awakens

(NdA : Vous pouvez parfaitement lire cette chronique même si vous n’avez pas vu le film, il n’y a aucun spoiler dedans, de quelque ordre que ce soit)

Le voilà donc. Dix ans après l’épisode III, trois ans et demi après l’annonce de sa mise en chantier (et pas du tout accessoirement, le rachat de Lucasfilm par Disney), The Force Awakens est là. Des mois d’annonces au compte goutte et de marketing maîtrisé, de spéculations, d’attente… Et nous y sommes. Mais avant d’aller plus loin, et par honnêteté intellectuelle, je me dois d’expliquer ce que représente Star Wars pour moi.

Je suis né en 1977, année de sortie de A New Hope. Et donc, comme la très grande majorité des hommes de ma génération, j’ai grandi  et baigné dans l’univers de George Lucas. Mais au-delà, du fan de la trilogie originale (vue des dizaines de fois), j’ai également été un gros joueur du jeu de rôle qui en a été tiré (la version D6 éditée par Descartes chez nous, pour les connaisseurs).

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J’ai donc parcouru les rues sombres des bas-fonds de Coruscant, le désert de Tatooine et un bon paquet de planètes de la Bordure Extérieur. J’ai piloté un YT-1300, une corvette Corélienne, un X-Wing et des dizaines d’autres véhicules volant ou roulant plus ou moins bien et plus ou moins vite. J’ai tiré au blaster, au canon à ion, lancé un nombre incalculable de détonateurs thermiques et fait sauter plus d’avant-postes de l’Empire que Z6PO ne parle de langues. J’ai discuté, intimidé, baratiné, combattu des Gamoréens, des Sulustéen, des droïdes assassins et même un rankor. Bref, pour moi Star Wars, c’est plus que des films, c’est une partie de mon adolescence.

Donc quand j’ai vu ce que Lucas en a fait dans les années 2000, inutile de vous dire que je l’ai plutôt mal pris. Entre l’immaculée conception (je m’en remettrais jamais de celle-là je crois), Jar Jar Bings, le tout numérique, une romance digne de la collection Arlequin, Kung Fu Yoda, un Anakin Skywalker (que ce soit enfant ou adulte) aussi expressif qu’un parpaing  et une réalisation restée bloquée dans les années 70 (des transitions en  split screen ? sérieusement ?)… Y avait de quoi chialer en position fœtale ou se taper la tête contre les murs pendant des heures.

Donc quand, en 2012, j’ai appris que Disney rachetait Lucasfilm et mettait un épisode VII en chantier, je me suis dit que de toute façon, ça pourrait difficilement être pire. Et je dois même avouer que plus les semaines avançaient, plus je voyais naître un nouvel espoir (oh oh oh, que je suis drôle !). La meilleure décision prise par la Mickey Company a été de tenir Lucas à l’écart. Relégué à un simple rôle de consultant (aussi appelé « placard »), il n’a eu aucun mot à dire sur le scénario, le choix des acteurs, la production ou la réalisation.

Lucas

La deuxième excellente décision fut le choix de J.J. Abrams pour prendre sa place derrière la caméra. Un type qui réussi à me faire apprécier Star Trek, faut vraiment qu’il soit fort. Mais de toute façon, J.J. m’avait déjà gagné à sa cause avec Super 8, qui est tout simplement un de mes films fétiches. Alors quand en plus il explique à quel point il adore la trilogie originale et trouve la seconde à chier par terre (traduction approximative)… Honnêtement, je ne vois pas qui d’autre aurait été plus à même d’assumer le poste.

Vous ajoutez à ça la présence d’une bonne partie du casting original, le choix d’avoir recours aux effets spéciaux plutôt qu’aux effets numériques quand c’est possible, Lawrence Kazdan au scénario (il avait travaillé sur la trilogie originale et a surtout réalisé The Empire Strikes Back, le meilleur Star Wars) et il y avait vraiment de quoi y croire.

Maintenant, je vais être franc avec vous, il y avait également des raisons de se méfier. Quand on voit ce qui est en train de se passer chez Marvel Studios (qui appartient à Disney également) avec ses films clonés que le spectateur lambda a de plus en plus de mal à comprendre avec cette feuilletonisation à outrance, la prudence était de mise. Surtout qu’avec quatre milliards posés sur la table pour racheter Lucasfilm, Disney entend bien (et c’est légitime) un retour sur investissement. La pression sur les épaules d’Abrams était tout simplement gigantesque. Rien ne prouvait qu’il était capable de la supporter et de ne pas se transformer en « yes man » tournant un spot de pub de 2h15 pour des jouets.

Autre source de méfiance, l’attitude de la maison mère vis à vis des films précédents. Vous pouvez chercher autant que vous voulez, vous ne trouverez nulle part dans la communication officielle autour du film (affiches, bande-annonces, communiqués de presse…) une mention « Episode VII ». Pour Disney, c’est clair, il s’agit ici de repartir de zéro afin de ne pas s’aliéner le nouveau et/ou jeune public. Les risques que l’embauche des acteurs de la trilogie originelle ne soit qu’un faire-valoir destiné à attirer les vieux fans dans mon genre et se limitant à quelques caméos étaient loin d’être nuls.

C’est donc avec ce mélange d’excitation et de méfiance que je me suis rendu à ma séance de The Force Awakens (en VO et en 3D).

Je pourrais me contenter de terminer cet article en vous recopiant le sms que j’ai envoyé à ma sortie de la salle :

« Putain il l’a fait ce con ! J.J. Abrams a réussi un Star Wars meilleur que Lucas.« 

Si ça ne vous convainc pas, je pourrais ajouter que j’ai eu à plusieurs reprises les larmes aux yeux d’émotion, tel un gosse le matin de Noël qui se rend compte en ouvrant son cadeau que c’est exactement ce qu’il espérait. Il vous en faut plus ? Très bien. C’est simple, The Force Awakens est tout simplement le meilleur Star Wars après The Empire Strikes Back. Oui, vous m’avez bien lu. Le respect de l’univers et de la franchise est à un niveau que je ne pensais plus voir au cinéma. Et Abrams a réussi là où Lucas avait échouer : faire rentrer Star Wars dans le monde moderne tout en conservant ce charme désuet qui lui est propre.

Mais les plus perspicaces d’entre vous auront remarqué que j’ai dit que c’était un excellent Star Wars, pas un excellent film.

Le problème avec cette franchise, c’est qu’elle représente tellement de chose pour tant de gens à travers le monde qu’il devient difficile de juger les films qui la composent comme n’importe quel autre long métrage. Si on essaie d’y appliquer une grille classique d’appréciation forcément on aboutit à quelque chose du genre « mouais bof ». Et ce même (surtout) pour les trois plus anciens. L’histoire est extrêmement basique, aligne les deus ex machina capillotractés, les gentils gagnent toujours à la fin, la réalisation a mal vieillie…

La seule chose qui fait tenir debout tout cela et le sublime, c’est un univers ultra cohérent et riche, avec lequel seules les Terres du Milieu de Tolkien arrivent à rivaliser. Quiconque s’est un minimum penché sur l’univers étendu peut en témoigner. C’est ce qui fait que même en étant des films objectivement moyen, les Star Wars originaux restent de grands moments de cinéma. Il n’y a pas besoin de réaliser Citizen Kane pour faire passer un très bon moment aux spectateurs.

Et dans cette optique, The Force Awakens est dans la droite ligne de ses illustres prédécesseurs. Il pousse d’ailleurs le mimétisme jusqu’à reprendre une grande partie de la structure du scénario de l’épisode IV, confirmant l’intention de Disney de faire de ce chapitre un nouveau point de départ. Mais les nombreux changements apportés en font bien un film avec sa propre identité.

Rey

Du côté des personnages, la petite nouvelle, Rey, vampirise complètement l’écran et ce pour deux raisons. Premièrement, le rôle est très bien écrit et donne vraiment envie d’en savoir plus. Deuxièmement, il est vraiment très bien joué. Daisy Ridley, qui l’interprète, est une quasi débutante et on reconnaît bien là l’œil d’Abrams pour dénicher les talents. Espérons pour elle qu’elle ne subira pas le sort de Mark Hamill et qu’on la verra dans beaucoup d’autres films.

Son alter ego masculin, Finn, est moins bien servi je trouve. Pas que John Boyega soit mauvais, mais il a moins de grain à moudre que Ridley. Le personnage aurait mérité d’être un peu plus travaillé en profondeur parce qu’en l’état il se résume un peu trop au funny buddy. Dommage parce que j’aime beaucoup l’idée de départ qui justifie sa présence, mais elle est bien trop vite expédiée.

Han Solo

Pour ce qui est des vieux de la vieille, rien à dire. Ils sont bien présent, avec un rôle étonnamment consistant pour Harrison Ford/Han Solo. Il est à la limite d’être un rôle principal. Sa place dans l’histoire est vraiment intéressante, tout comme sa relation avec Carrie Fisher/Leïa Organa. J’ai également beaucoup aimé la façon dont est traité Luke Skywalker.

Where is Luke

Le seul personnage qui est vraiment en dessous des autres, c’est malheureusement Kylo Renn, le méchant de service. On sait déjà qu’Adam Driver est un excellent acteur donc le problème ne vient pas de là. Non, tout comme pour Finn, si l’idée qui le caractérise est très bonne, il aurait fallu la travailler un peu plus.

Au final l’histoire se suit sans déplaisir et il y a de réels moments forts malgré les imperfections qui l’émaillent. Mais comme je le disais, Star Wars n’est pas réputé pour ses scénarios, donc rien de déshonorant à ce niveau.

Les scène d’actions et les combats spatiaux sont, pour leur part, une des très grande réussite du film. Les chorégraphies de combats sont lisibles et dynamique (notamment une excellente scène sur le marché de la planète Jakku) et l’apparition des X-Wing sur le lac restera une des scènes marquante de cet épisode. Tout comme la bataille qui s’en suit.

x-wing

Les décors sont tous somptueux et regorgent de détails, tout comme les costumes d’ailleurs. Je suis un peu plus perplexe sur certaines nouvelles créatures, mais c’est sans doute une simple affaire de goût. Un grand bravo par contre en ce qui concerne BB8, le nouveau droïde, qui est vraiment le digne successeur de R2-D2.

Difficile d’en dire plus sans spoiler quoi que ce soit. Mais franchement, ce The Force Awakens vaut vraiment le coup d’oeil. Évidemment, si vous n’aimiez pas les autres épisodes, vous n’aimerez pas plus celui. Mais si vous n’avez jamais eu la curiosité de regarder les volets précédents, celui-ci est un parfait point d’entrée dans la saga.

Pour les fans de la première heure, sans doute que les avis seront plus partagés suivant ce qu’ils en attendent. En ce qui me concerne j’ai eu exactement ce que je recherchais : une madeleine de Proust, mais qui n’avait pas un vieux goût de périmé. Et j’ai vraiment hâte de voir ce que Rian Johnson (réalisateur de Looper et surtout du génial Brick, à voir absolument) va nous faire de l’épisode VIII avec une aussi bonne base de travail.

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3 commentaires pour Star Wars : The Force Awakens – J.J. Abrams

  1. Sander Spade dit :

    Très sympa comme chronique, fort drôle par moments.
    Je confirme que c’est bien le sms que j’ai reçu ce jour là.

    Sinon ce bon vieux Mark Hamill s’en est tout de même bien tiré au final, malgré son accident de bagnole, son visage refait au crépi et le rôle envahissant de Luke, c’est quand même devenu un comédien de doublage excellent (Le Joker…) et il a quelques bon films à son actif.

    Sinon, questions: (pas encore vu le film)
    Chewbacca n’a pas vieilli? Pas le moindre poil blanc? Les Wookies ont-ils une durée de vie exceptionnelle?
    Pourquoi le méchant a t’il un sabre/épée laser qui crépite muni d’une garde en laser dans la bande-annonce, et n’est-ce pas dangereux?
    Et surtout y a-t-il des Ewoks dans le film?

    Merci pour le retour, j’attends une projection VO 2D pour aller enfin le voir.

    (Sinon, quelques oublis de mots par ci par là dans le texte, ex: « Je suis en 1977 »)

  2. Sander Spade dit :

    (PS. Le demotivational de frozen Lucas est vraiment génial)

  3. Arkane Derian dit :

    Merci pour le compliment.

    Certes Mark Hamill a fait quelques bons trucs, mais tu ne m’enlèvera pas de l’idée qu’il méritait bien mieux que ce qu’il a eu. Et j’ai vraiment envie de revoir Daisy Ridley dans d’autres films, pas seulement d’entendre sa voix.

    Concernant tes questions :

    – Si Chewbacca a vieilli. Ça ne se voit pas sur l’image que j’ai mise dans l’article (le choix est plutôt limité vu l’embargo de malade qu’il y avait sur le film) mais dans le film on distingue parfaitement quelques pointes grisonnantes sur sa fourrure. Et oui, les Wookies ont une grande durée de vie (ça peut se compter en centaines d’années)

    – Aucune idée pour l’arme de Kylo Renn. C’est bien son sabre dans le film et je ne pense pas qu’il y ait d’autre réponse que « parce que ça fait bad ass ». Reste que tout chevalier Jedi ou maître Sith doit fabriquer sa propre arme pour accomplir sa formation donc le design est normalement de lui. Je n’en dirais pas plus vu que ça pourrait éventuellement spoiler, mais si on garde ça en tête, l’arme ne me choque pas.

    – Dieu merci non, il n’y a pas d’Ewoks. C’est BB8 qui assume la partie « truc mignon », et c’est largement suffisant.

    Je profite du commentaire pour combler deux oublis :

    – La partition de John Williams est de très haut niveau. Il y avait longtemps que je ne l’avais pas entendu aussi en forme. Que ce soit au niveau la réutilisation des anciens thèmes ou l’introduction des nouveaux, il y a rien à jeter. Il est pour beaucoup dans mes yeux embués, et réécouter le BO me redonne des frissons.

    – La 3D du film est sans doute possible la plus belle que j’ai vu à ce jour. même s’il ne s’agit que d’une simple conversion, certains effets de profondeurs sont étourdissants (noamment l’immense épave de Star Destroyer que Riley pille au début du film) et c’est la première fois que je ressens un véritable effet de relief sur les visage. Chapeau au studio qui s’est chargé de cette conversion.

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