Silent Hill – Shattered Memories

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Ça fait un moment que je veux rendre justice à Silent Hill : Shattered Memories. Sorti fin 2009 sur Wii, le deuxième épisode développé par le studio Climax fait parti de ces chef d’œuvres longtemps ignorés. Mais je tenais à ce que cet hommage soit au niveau du jeu, cela impliquait donc de le relancer sur ma vieille Wii rangée dans le grenier de mon garage. C’est donc après m’être battu pendant une bonne heure pour, successivement, retrouver la console, la rebrancher à la fois sur la télé et sur l’ampli (et donc trouver les câbles adaptés), et lancer le jeu sur clé USB pour améliorer les temps de chargement que j’ai enfin vu et entendu le mythique menu de démarrage du jeu. Mais ne brûlons pas les étapes, il y a sans doute parmi vous des gens qui ne connaissent pas la série de jeux Silent Hill, ou qui n’en ont que vaguement entendu parlé.

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La jaquette américaine du jeu original

Lancé en 1999 par Konami pour surfer que le succès mondial de Resident Evil et du genre survival horror, le tout premier Silent Hill a posé les bases de ce qui deviendra avec le temps une franchise à part dans le monde du jeu vidéo. Composée à ce jour de huit épisodes, on distingue deux grandes périodes. La première, qui compte les quatre premiers épisodes,  a été développé en interne chez Konami Japon, par ce qu’on a appelé la Team Silent. Les quatre suivants ont été développé par des studios occidentaux.

Chaque épisode est relativement différent des autres, tout en gardant un certains nombre d’éléments communs. Parmi ceux-ci, le plus emblématique est évidemment la ville de Silent Hill. Cette petite bourgade imaginaire des États-Unis bordant le lac Toluca semble victime d’une malédiction ouvrant un passage vers un monde alternatif cauchemardesque appelé Otherworld. De fait, chaque héros de chaque épisode va passer son temps entre le monde réel et cet enfer.

L’autre élément qui caractérise la série Silent Hill (en tout cas pour les épisodes de la période Japonaise et pour Shattered Memories), c’est sa volonté d’avoir recours à l’horreur psychologique plutôt qu’au gore comme peut le faire Resident Evil. Cela se traduit par assez peu de jump scare idiots et énormément de malaise. Où que vous soyez dans le jeu, vous aurez constamment l’impression qu’une ombre vous menace, que quelque chose ne va pas. Vous serez également confronté à des visions perturbantes, voire carrément dérangeantes. Tous ceux qui ont joué à Silent Hill 2 se souviennent de Red Pyramid (monstre icônique apparu pour la première fois dans cet épisode) en train de copuler avec une des créatures peuplant l’Otherworld.

Red Pyramid

Red Pyramid dans ses basses oeuvres

Le design général des créatures, brillant à tout point de vue, est d’ailleurs pour beaucoup dans ce sentiment qui vous glace constamment le sang (Ah les infirmières de l’hôpital…). Mais là où un survival horror classique se contenterait de ça, Silent Hill va plus loin.

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Heather, l’héroïne de Silent Hill 3 dans la station de métro directement inspirée du film The Jacob Ladder

Un des créateurs de Shattered Memories a dit une phrase que j’adore à propos de Silent Hill et qui correspond parfaitement : « À Silent Hill, vous trouvez ce que vous y amenez ». En effet, plutôt que l’enfer, l’Otherworld se rapprocherait plus d’un purgatoire. Un endroit où les personnages principaux des différents jeux vont être confronté à leur passé, leurs erreurs et leur culpabilité, qui vont se matérialiser sous la forme grotesque (au sens artistique du terme) de ces monstres.

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Harry Mason, héros de Silent Hill 2, face à lui-même dès les premières secondes du jeu.

Voilà en gros pour la série Silent Hill. Il y aurait énormément d’autres choses à dire mais ça demanderait des pages et des pages de ce blog. Si cet univers vous intéresse je ne peux que chaudement vous recommander d’aller sur Silent Hill Memories, la référence web absolue sur la série. Venons-en au cas particulier de Shattered Memories.

Lors de sa conceptions, plusieurs studios étaient en concurrence auprès de Konami pour savoir qui allait développer le prochain Silent Hill. Le projet du studio Climax, Silent Hill : Cold Heart, est finalement choisi, mais pour permettre de mieux vendre le jeu, et pour profiter de l’anniversaire des 10 ans de la création de la série, il est décidé que ce sera une réinvention du premier opus. J’insiste sur le terme réinvention parce que beaucoup de journalistes ont traduit ça par remake. Or ce n’est pas absolument pas le cas. En fait, hormis le point de départ et le nom des personnages, Shattered Memories est complètement différent de l’épisode original.

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Lorsque le jeu commence, vous voyez une petite scène cinématique durant laquelle Harry Mason a un accident de voiture. Lorsqu’il reprend connaissance, sa fille Cheryl qui l’accompagnait a disparu. Puis, aussitôt, la scène change et vous vous retrouvez en vue subjective face à un psychologue qui s’adresse directement à vous et qui vous fait passer un formulaire que vous devez remplir. Et c’est là que commence le génie de Shattered Memories :

Psychology Warning

L’avertissement que  vous pouvez lire au dessus en fait la première chose que le jeu affiche quand vous le lancez. Tout au long de votre aventure, vous serez amené à réaliser différents petits tests devant le psy. Et vos résultats influeront directement sur votre environnement et sur les personnages que vous rencontrerez.

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De la même manière le jeu analyse en permanence ce que vous faites. Combien de temps vous passez dans chaque endroit, où vous pointez votre curseur (le jeu étant sur Wii, on le balade en visant), ce que vous regardez quand des personnages s’adressent à vous, les choix que vous faites, le temps que vous mettez à résoudre les énigmes… Tout cela, combiné à vos réponses aux tests, va permettre de créer un jeu qui vous est quasiment propre. Tous les personnages et lieux principaux existent en 64 versions différentes (variations d’ameublement et de lumière pour les décors, variations de vêtements, d’allure générale et de comportement pour les personnages). Voilà un exemple de ce que ça donne avec quatre variations de votre première rencontre avec Cybil Bennet, l’officier de police :

Et c’est complètement transparent. Si vous ne le savez pas auparavant, vous pouvez parfaitement faire tout le jeu sans vous rendre compte qu’il s’est adapté à vous, sauf à la fin. En effet, une fois arrivé au bout, vous pouvez lire une analyse de votre personnalité de plusieurs pages. Et je dois dire que j’ai été bluffé par le résultat. Bien sûr il y a quelques trucs qui ne collaient pas, mais dans la grosse majorité, le jeu avait visé juste. Il faut dire que la conception s’est faite avec trois consultants psy et en utilisant un véritable test de personnalité existant et libre de droit.

Évidemment pour que cela fonctionne, il faut répondre honnêtement aux questions, jouer le plus normalement possible et essayer d’oublier que tous nos faits et gestes sont pris en compte. Heureusement, le jeu vous immerge totalement dans son univers et vous évite d’y penser.

Dans les faits, lorsque vous n’êtes pas devant le psy, vous dirigez Harry Mason à la troisième personne alors qu’il recherche sa fille à travers Silent Hill. Vos interactions sont assez limitées. Vous pouvez regarder/lire à peu près tout ce qui vous entoure, actionner quelques mécanismes et c’est à peu près tout. Par contre vous aurez très souvent recours au téléphone portable de Harry.

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il vous permettra de vous repérer grâce au GPS, de prendre des photos, de lire des messages et bien évidemment de téléphoner. Climax a eu l’excellente idée d’utiliser le petit haut-parleur de la wiimote. Du coup, tous les messages audio ou les conversations téléphoniques ne passent que par lui, et jamais par vos enceintes. Rapidement, vous vous surprendrez à tenir la wiimote comme un téléphone. Ça joue énormément dans l’immersion, au même titre que la plupart des puzzles qui vous demanderont de saisir et de déplacer des objets en utilisant le gyroscope.

Pour ce qui est de l’histoire, je ne veux pas trop en dire. De toute façon, vous aurez une ou des interprétations bien différentes suivant la façon dont vous jouerez (et donc la façon dont le jeu se modifiera). Par contre soyez prévenu, il ne sera pas ici question de changer l’histoire générale. Elle a un début et une (magnifique) fin immuable (même si la dernière cinématique peut légèrement varier suivant vos choix) qui vous permettra de comprendre beaucoup de choses qui vous auront semblé complètement obscures durant votre périples.

Ce que je tiens à signaler par contre, c’est le très bon choix fait par Climax de changer l’Otherworld. Jusqu’à cet épisode, visuellement, il tournait constamment dans les tons rouges/rouilles/sang. Point de ça ici puisque vous vous retrouverez dans un Otherworld glacé faisant la part belle aux bleus/blancs/gris.

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L’Otherworld dans Silent Hill 3

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L’OtherWorld de Shattered Memories

Autre décision forte du studio, l’absence totale de combat. La série n’était pas réputée pour ses scènes d’actions puisqu’il était souvent plus malins de fuir que d’affronter vos adversaires. Mais il y avait tout de même des armes et vous pouviez, dans les niveaux de difficultés les plus bas, facilement dézinguer tout le monde. Ici, rien de tout ça. Le jeu vous préviens dès votre première rencontre avec des créatures de l’Otherworld, vous n’avez qu’une solution : la fuite. Si jamais vous vous faites attraper, vous aurez la possibilité d’envoyer valdinguer vos adversaires à coup de wiimote pour vous dégager, mais si vous vous faites attraper trop souvent, vous finirez submergé et ce sera le gameover. En jeu cela créé une véritable tension et vous avez vraiment la sensation d’être pourchassé. Vous ne pouvez pas vous arrêter pour chercher votre chemin, vous allez donc courir comme un dératé en enchaînant les portes et les passages en espérant vous rapprocher de la sortie de l’Otherworld.

Mais au final, le plus beau dans tout ça, c’est que tout est justifié. Les tests psy, le téléphone, l’absence de combat… Tout cela à une raison qui sert le scénario. Et c’est en ça que Shattered Memories est un grand jeu. Il réussit à mélanger un gameplay et une narration comme peu savent le faire. Malgré son âge et son support d’origine, il est encore parfaitement praticable (malgré un aliasing omniprésent). Il est relativement facile de trouver une Wii pour par cher et le jeu en lui même est également trouvable sans trop forcer en occasion. Je vous encourage vivement à le faire, c’est vraiment une expérience unique à l’histoire déchirante qui mérite le détour. Et en plus, du fait de son adaptation au joueur, il est également très intéressant de regarder d’autres personnes y jouer.

Cet article a été publié dans Chronique Jeux Vidéo. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Silent Hill – Shattered Memories

  1. Samuel dit :

    Article captivant, du début à la fin, bravo ! En plus j’ai presque envie de tester le jeu, et pourtant, l’horreur (psychologique ou non) c’est pas mon truc.

    (« vous vous faites attrapeR », petite typo, avant-dernier paragraphe)

  2. Arkane Derian dit :

    Merci. J’aurais sans doute dû le préciser dans l’article, mais au final, même si on classe Silent Hill Shattered Memories dans les survival horror, il est beaucoup moins effrayant que ses prédécesseurs. Bien sûr les phases dans l’Otherworld où l’on est poursuivi apportent énormément de tension, mais elles ne constituent qu’un quart du jeu. Le reste se résume à de l’exploration.Donc si les jeux d’horreur ne sont pas votre truc à priori ou que vous voulez vous y mettre sans attaquer par du très effrayant, ce jeu est sans doute la meilleure porte d’entrée.

    Tiens, tant que je suis là, et puisque je l’ai (rerere)fini hier, je vous mets mon rapport psychologique final. Comme ça vous verrez ce que ça peut donner. Et je dois dire qu’une fois de plus, le jeu a vu juste à 95%. Je ne vous dis pas ce qui est faux, ça fera travailler votre imagination.

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