Prodigy – The Fat of the Land

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Si certains d’entre vous ont eut le courage de lire toutes les chroniques précédentes de cette série, j’espère qu’ils ont commencé à se rendre compte à quel point les années 90 ont été bouillonnantes au niveau musical. Et si j’ai déjà balayé un large spectre de genres, il y a tout un pan que je n’ai pas encore abordé, et qui est sans doute celui qui a le plus profité de cette décennie. Il s’agit de la musique électronique.

Les années 80 ont vu l’explosion de l’informatique personnelle, et les progrès en la matière à l’époque sont quasi quotidiens. L’amélioration du matériel, mais aussi, et surtout, sa démocratisation, a permis l’émergence d’un nouveau type de sonorité. Tous ceux qui ont connu ou écouté des morceaux de cette époque se souviennent sans mal de l’omniprésence des synthétiseurs. Comme dans cet exemple :

https://www.youtube.com/watch?v=dQw4w9WgXcQ

Excusez moi, je n’ai pas pu m’en empêcher. Reprenons. A ce moment là, la musique synthétique est un simple ajout à la musique traditionnelle. Les artistes l’utilisant majoritairement, voire uniquement, sont encore rares et underground.

Lorsque les années 90 débutent, il est devenu relativement courant d’avoir un ordinateur à la maison, et les logiciels de créations musicales commencent à se multiplier. Désormais tout le monde peut fabriquer de la musique chez lui pour quasiment rien, sans y connaître quoi que ce soit. Inutile de vous dire que quelques producteurs véreux ne vont pas se priver, ce qui nous amena la vague de ce qu’on appela à l’époque la dance (et qui porte désormais le nom d’eurodance). Trois boucles sonores, un beat bien gras, une jolie gourdasse qui chante (ou qui fait du playback, on ne va pas chipoter pour si peu…) et, magie de l’informatique, vous avez un tube qui se vend par millions :

Les groupes du genre vont se multiplier pendant toute la première moitié de la décennie, avant que le phénomène ne s’effondre de lui-même. Prendre les gens pour des cons, c’est généralement un secteur porteur, mais uniquement à court terme.

Alors évidemment, il y a de quoi être atterré et vous pouvez donc vous imaginer facilement que le débat “la musique électronique est-elle réellement de la musique ?” fasse rage à ce moment là. Et, pour une fois, le salut viendra des anglais. Hé oui, les mangeurs d’agneaux sauce à la menthe, vont montrer assez rapidement au monde entier qu’avec un ordinateur et quelques samples on peut faire beaucoup de chose, et pas seulement des trucs du niveau de leur cuisine.

Video Kills the Radio Stars

A ce stade, il est important d’aborder un autre point crucial de la musique des années 90, et tout aussi essentiel que le précédent pour comprendre The Fat of the Land. Il s’agit de MTV. La chaîne musicale américaine (la première au monde), née dans les années 80, est devenu un mastodonte incontournable. Elle fait et défait les artistes au rythme des clips qu’elle accepte ou refuse de diffuser sur son canal (si le sujet vous intéresse, je vous conseille vivement le documentaire réalisé par ArteMachine à tubes”). Les réalisateurs redoublent donc d’ingéniosité créant parfois de véritables chef d’oeuvres de quelques minutes.

MTV est d’ailleurs devenu une telle institution, que ne pas y passer peut parfois vous être bénéfique. Mais ne grillons pas les étapes.

Nous sommes donc en 1997. Depuis deux ans, un nouveau son, né dans les clubs anglais,  commence à exploser un peu partout dans le monde : Le Big Beat. Composé principalement d’une batterie marquant constamment et outrageusement le rythme, et de samples bouclés, il compte parmi ses pionniers et fiers représentants The Chemical Brothers, Fatboy Slim ou, et c’est ceux qui nous amène ici aujourd’hui, Prodigy (qui n’a pas encore son The devant, ça ne viendra que plus tard pour une sombre histoire de copyright). Ces derniers sont devenus en deux albums la véritable tête de pont de la musique électronique, la  vraie. Celle qui implique une recherche et une volonté créative. Mais Music for the Jilted Generation, leur précédant opus, s’il a connu un certain succès, est resté cantonné aux amateurs du genre. Durant l’année 96, deux singles du futur The Fat of the Land ont été lancés pour en préparer la sortie. Firestarter tout d’abord :

Suivi quelque mois plus tard par Breathe :

Et ils indiquent tout de suite un changement par rapport à l’album précédent : le rythme est ralenti, ce qui n’est pas anodin dans un genre où la mesure du bmp (beat per minute) est reine. Prodigy quitte ainsi définitivement ses origines house (une musique électronique au rythme très élevé) pour terminer de donner forme au Big Beat. Tout cela se confirmera à la sortie de l’album en juin 1997. Le succès critique est immédiat et le groupe commence à sortir du cercle des spécialistes. Mais une chose va faire complètement exploser leur notoriété, et ce n’est malheureusement pas leur musique.

Le responsable (dans le bon ou le mauvais sens du terme, à vous de voir) ? Le clip du single Smack my Bitch up.

En voyant ça, MTV a immédiatement refusé de passer le clip et, évidemment, toute la presse a relayé l’information, créant ainsi une curiosité malsaine chez l’auditeur libidideux et amateurs de sensations. N’oubliez pas que nous sommes en 1997 et qu’Internet est quasi inexistant pour le commun des mortels. Du coup les “t’as vu le clip de Smack my Bitch up, toi ?” deviennent monnaie courante. Sous la pression de ses spectateurs, MTV finira par diffuser le clip mais seulement entre 1 et 5 heure du matin et en version censurée (le plan sur le shoot de cocaïne et celui où une femme se fait casser une chaise sur la tête sont coupés, tandis que la scène de sexe finale est largement amputée). Il faudra attendre 2002 pour que la version non censurée soit enfin diffusée, et encore sur MTV 2, la version de la chaîne dédiée aux musiques alternatives.

Ce ne sera d’ailleurs pas la seule controverse entourant la chanson puisque les féministes américaines s’empresseront de dénoncer un titre qu’elles considèrent comme misogyne et encourageant les violences conjugales. En effet si vous traduisez “Smack my Bitch up” au premier degré, ça donne quelque chose comme “tabasse ma connasse”. Couplé à certains passages du clip, on peut éventuellement comprendre leur énervement… si on ne regarde pas le clip jusqu’au bout. Le twist final étant plutôt clair sur le fait que ça rien à voir avec ça. En effet “Smack my Bitch up” a un tout autre sens en argot américain. Ça veut dire “fais moi un fix”. Vous me direz que ce n’est pas forcément mieux, sauf que c’est ici à prendre au sens métaphorique du terme. S’il fallait le traduire correctement, il faudrait sans doute dire “donne moi de l’énergie”.

Je ne vais pas jouer les innocents, il est évident que Liam Howlett, le fondateur et compositeur du groupe, connaissait pertinemment le double sens de l’expression et les réactions que ça allait provoquer. Conjugué au clip, il est difficile de ne pas les taxer de provocateurs. Mais il faut remettre les choses dans leur contexte. A l’époque le musique électronique est toute neuve, souvent associée dans l’esprit des gens aux fêtes où circulent drogues et alcool, et véhicule un parfum de souffre… Bref, ce n’est n’est plus ni moins que le rock des années 90. Oui, on est loin de l’image proprette des Daft Punk ou de Air…

Mais et la musique dans tout ça ? Hé bien, elle déchire, tout simplement. L’album est un classique de la musique électronique, mais pas seulement. The Prodigy est devenu avec cet album (et les suivants) un des rares groupe du genre qui a le droit de cité dans les festivals de rock. Leurs performances live y sont pour beaucoup. Keith Flint et Maxim, les deux chanteurs/danseurs du groupe, se donnent à fond à chaque concert, arrivant sans problème  à faire bouger une foule de metaleux.

Les instruments classiques (guitare et batterie) se marient à merveille aux samples choisis par Howlett. Et pour rompre la monotonie qui pourrait surgir des boucles répétées, il n’hésite pas à user et abuser des breaks couplés aux montées, rendant la musique hyper nerveuse. Mais Prodigy sait également faire de magnifique morceaux planant, tel le sublime Climbatize :

Ou encore l’excellent Narayan :

Alors, oui, The Prodigy a sans doute acquis son immense popularité pour de mauvaises raisons. Mais s’ils l’ont gardés près de vingt ans plus tard, ils ne le doivent qu’à une chose : leur musique. Parce que je vous l’ai dis plus haut, prendre les gens pour des cons, ce n’est porteur qu’à court terme.

Fiche Technique :

Album : The Fat of the Land
Artiste : (The) Prodigy
Année de Production / de Sortie : 1996-1997 / 1997
Durée de la première édition : 56 minutes
Tracklist :
– Smack my Bitch up
– Breathe
– Diesel Power
– Funky Shit
– Serial Thrilla
– Mindfields
– Narayan
– Firestarter
– Climbatize
– Fuel my Fire

Playlist Complète

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