Nightwish – Zénith de Toulouse – 26/11/2015

Quand, comme moi, vous appréciez la musique et que vous avez une mp3thèque composée de plusieurs centaines d’artistes, il est difficile d’en sortir seulement quelques uns du lot. Je pense que la musique est diverse et, pour être réellement appréciée, doit être écoutée dans toute cette diversité. Pourtant il y a quelques groupes que je chéris particulièrement. Et Nightwish est de ceux là.

Est-ce parce que je suis de la même génération que la plupart des membres et que j’ai grandi avec eux ? Que je les ai vu passer de petit groupe de « metal à chanteuse » (bon sang que je hais cette expression !) à incontournable de la scène metal mondiale ? Que j’ai vécu en direct les dramas qui ont émaillés leur carrière ? Que j’ai beaucoup de points  communs avec Tuomas, le clavier/auteur/leader du groupe ? Que leur musique est à la fois unique, puissante et emplie d’émotions ? Je ne saurais le dire. Sans doute qu’il y a un peu de tout cela, accompagné par un élément indéfinissable. Quelque chose de magique.

Pourtant, jusqu’au 26 novembre dernier, Nightwish en live et moi, c’était une longue histoire inachevée. Il y a toujours eu quelque chose pour se mettre au travers de notre route et quand j’ai enfin pu acheter mes billets au début de l’année, je n’avais qu’une peur : qu’une nouvelle embûche vienne de nouveau gâcher notre première rencontre. Mais heureusement cela n’a pas été le cas.

Nightwish 00

La soucoupe volante qui sert de salle de concert à Toulouse

Il a tout de même fallu que je me batte jusqu’à la dernière minute. Cela a commencé par l’arrivée en retard par rapport à l’heure que je m’étais fixé. Puis cela s’est enchaîné par la consigne fermée et l’obligation de me trimbaler mon gros manteau et mon pull toute la soirée. Et cela a continué avec les premières parties.

Je me renseigne rarement sur les premières parties des concerts où je vais. Cela m’évite les préjugés et, quand j’aime l’artiste, l’impact n’en est que plus fort. Mais quand j’ai vu la grande tenture servant de décor pour Amorphis, je me suis lamenté. Je n’aime pas le death et le black metal. Les voix qui ressemblent à des cris de cochons qu’on égorge et les matraquages de batterie, très peu pour moi, merci. Mais pas de bol, Amorphis officie dans ce genre. Heureusement plus de peur que de mal, puisqu’il s’avère que leur dernier album est plus tourné vers le heavy et que le set d’une demi-heure a été relativement écoutable, avec notamment un son de guitare que j’ai plutôt apprécié.

Et alors que je pensais touché au but, j’ai eu le droit à un obstacle de dernière minute puisque ce n’était pas une mais bien deux premières parties que j’allais devoir me farcir. Et la suivante était bien pire pour moi puisqu’il s’agissait de Arch Enemy. Et je ne pouvais pas compter sur un album plus soft de leur part. J’ai donc dû m’enquiller une heure de death plein pot.

Mais je me dois d’être franc. Si j’ai détesté la musique, la chanteuse m’a laissé sur le cul. Cette espèce de lutin costumé, bondissant partout sur la scène et growlant comme peu de mecs arrivent à le faire est clairement un très gros atout pour son groupe. J’adorerais l’entendre en chant clair. Bon par contre, dès qu’elle a ouvert la bouche pour parler, mon enthousiasme est redescendu d’un cran, la faute à un accent québecois qui me file des cauchemars et un enchaînement de banalités (« Ça va Toulouse ? »…) que j’espérais ne plus entendre en concert en 2015.

C’est donc un petit peu à bout nerveusement que j’ai enfin pu voir le rideau noir tomber et entendre les mots, prononcés par le grand biologiste Richard Dawkins, qui ouvrent l’album « Endless Form Most Beautiful » à l’origine de la tournée :

« The deepest solace lies in understanding
This ancient unseen stream
A shudder before the beautiful »

Et là, tout d’un coup, envolé le retard, oublié les vêtements encombrants, pardonnés les premières parties. Là, devant moi, il y a un Tuomas déchaîné derrière ses claviers, un Emppu à fond sur sa guitare, Kai qui trône fièrement derrière sa batterie et le grand Marco qui fait virevolter ses doigts sur sa bass. L’intro explosive (dans tous les sens du terme puisque la pyrotechnie sera très présente durant tout le concert) de Shudder Before The Beautiful est tout simplement parfaite. Puis soudain, je la vois surgir du fond de la scène. La sublime Floor Jansen vient se placer derrière son micro et tout le public se met à hurler.

Nightwish 01

Je ne reviendrais pas sur la longue et tortueuse histoire du groupe et de ses trois chanteuses successives. Mais l’arrivée de Floor est sans doute ce qui pouvait arriver de mieux à Nightwish après la catastrophique erreur de casting qu’était Anette Olzon. Revoir enfin le groupe avec quelqu’un d’aussi charismatique et aux capacités vocales aussi étendues fait un bien fou !

Les chansons vont s’enchaîner les unes après les autres, multipliant les ambiances, tantôt électriques, tantôt sensuelles mais toujours puissantes et riches en émotions. Et que ça fait plaisir de voir tous les membres avec le sourire jusqu’aux oreilles ! La bonne humeur communicative n’a jamais quitté leur visage, se lançant visiblement des vannes entre eux en aparté au beau milieu des morceaux, jouant avec le public. Même Tuomas, d’habitude si discret et en retrait, s’est complètement lâché.

Nightwish 02

Alors bien sûr, l’ambiance dans la salle était un peu trop calme à mon goût, mais c’est la musique de Nightwish qui veut ça dans le sens où il y a beaucoup de passages atmosphériques et beaux où vous n’avez tout simplement qu’une envie, c’est de profiter religieusement de la sublime voix de Floor qui, l’espace d’un magnifique Ever Dream, s’est presque transformée en fantôme de Tarja Turunen, la première et inégalable chanteuse du groupe.

D’ailleurs puisqu’on en est à parler du passé, je vais avoir du mal à décrire ma joie quand ont raisonné les premières notes de Stargazers. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir en arrière. Après le limogeage de Tarja (qui est une chanteuse à formation lyrique), Tuomas avait annoncé qu’il ne rejouerait plus les anciens morceaux, et notamment ceux d’Oceanborn, le deuxième album, véritable joyau de métal symphonique mais impossible à chanter pour une interprète aussi limitée techniquement qu’Anette. L’arrivée de Floor a permis de remettre les vieilles chansons sur les setlists de cette tournée. Et Stargazers est sans doute celle qui m’est le plus chère. C’est tout simplement le premier morceau que j’ai entendu de Nightwish et je me souviens encore de cette première écoute, seize ans après. Manifestement le groupe avait vraiment envie de mettre le morceau en avant vu la quantité de jets de flammes et d’explosions qui l’ont accompagné. On est pas encore au niveau de Rammstein, mais on s’en approche. Et Floor a tout simplement été parfaite, une fois de plus.

Nightwish 03

Mais tout ça, ce n’est rien comparé au final grandiose auquel on a eu droit. L’enchaînement Ghost Love Score / Last Ride of the Day / The Greatest Show on Earth était époustouflant. Rendez-vous compte, rien que The Greatest Show on Earth fait plus de vingt quatre minutes ! Et ils l’ont joué en entier ! En tout ce final a duré plus de quarante minutes. Quarante minutes de montagnes russes enchaînant les lentes montés, les folles descentes, les moments en suspension… Quelle claque mes amis, vous n’avez même pas idée ! Rien qu’en y repensant j’ai des frissons qui me parcourent. Alors certes il n’y a pas eu de rappel, mais honnêtement, qu’est-ce que vous vouliez ajouter après ça ?

Il m’aura donc fallu seize ans pour enfin voir Nightwish en concert. L’attente a été longue mais bon sang que ça valait le coup !

Je tiens à terminer ce billet en remerciant chaleureusement l’équipe de Nightwish.fr et de Metal Chest of Wonders qui m’a permis d’utiliser quelques unes des sublimes photos de Sabrina Moguez pour illustrer mon article. N’hésitez pas à aller jeter un coup d’œil à leur travail respectif, ils le méritent.

Setlist :

  • Shudder Before the Beautiful
  • Yours is an Empty Hope
  • Ever Dream
  • Wishmaster
  • My Walden
  • While Your Lips are Red
  • Élan
  • Weak Fantasy
  • 7 Days to the Wolves
  • Alpenglow
  • Storytime
  • Nemo
  • Stargazers
  • Sleeping Sun
  • Ghost Love Score
  • Last Ride of the Day
  • The Greatest Show on Earth

Enfin, avant de partir, et histoire de vous donner une petite idée de ce que donne Nightwish en concert, voici ma chanson préférée du dernier album, Yours is an Empty Hope :

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6 commentaires pour Nightwish – Zénith de Toulouse – 26/11/2015

  1. Samuel dit :

    Tu nous parles de banalités, mais tu nous en sers de belles aussi, avec ces « cochons qu’on égorge »… *dents qui grincent*
    C’est quoi le problème avec l’accent québécois? (pour entendre Alissa en chant clair, direction The Agonist, son ancien groupe).
    Pour finir avec les critiques négatives, je ne suis pas, mais alors pas du tout d’accord avec le qualificatif de « catastrophique » attribué au recrutement d’Anette.

    Bon par contre sur le reste, je retrouve bien le concert auquel j’ai assisté le mois dernier… malheureusement l’acoustique était déplorable ici, transformant le concert de l’année en déception de l’année. Je suis content que ce ne soit pas le cas sur toutes les dates, et je suis content de voir que tu t’es éclaté (« que tu te sois » ? pas sûr de moi là…).

    Cet article est également une bonne source d’inspiration pour moi, ça me donne une idée plus précise de ce que tu me racontais en mp 😉

    Oh, et je suis trop jaloux que vous ayez eu droit à While Your Lips Are Still Red 😮

  2. Arkane Derian dit :

    Je me doutais bien que l’histoire des cochons ferait réagir 😀
    Pour être un peu plus constructif à ce sujet, je vais expliquer pourquoi je n’aime pas ce type de chant.
    Je pars d’un principe simple : un artiste est quelqu’un qui a un message à faire passer, quelque chose à dire (et pas forcément quelque chose de sérieux ou de profond). Bref quelque chose à partager. Or il est quasiment impossible de comprendre ce que disent les chanteurs qui utilisent le growl simplement en les écoutant. Tu es obligé d’avoir les paroles sous les yeux. De mon point de vue, c’est tout simplement nier ce qu’est l’art.
    Et si ça peut te rassurer, ce n’est pas qu’avec la musique death ou black metal que j’ai ce phénomène de rejet. Il en va de même avec toute démarche artistique qui nécessite une explication pour arriver à en comprendre le sens. L’art ne doit pas être expliqué pour être compris, sinon cela signifie que l’artiste a raté quelque chose.

    Pour Anette Olzon, je persiste et je signe, elle n’aurait jamais dû intégrer Nightwish. Elle chante très bien et juste, mais sa voix est d’une banalité affligeante. N’importe quelle chanteuse digne de ce nom en fait tout autant. A côté de Tarja ou de Floor, elle fait pâle figure. Sur les deux albums où elle a officié, ses prestations les plus marquantes sont celle où sa voix est trafiquée par des effets et des filtres (Whoever Brings The Night, Scaretale…). C’est tout de même un comble.
    De plus, il suffit de l’entendre parler ou d’aller faire un tour sur son blog pour se rendre compte qu’elle n’a pas sa place dans un groupe de metal, et encore moins dans un groupe de cette envergure.
    Si on rajoute à ça le fait que ses limitations vocales nous ont privé des merveilles qui composent Oceanborn pendant des années, je ne vois vraiment pas comment on peut dire que ce n’est pas une erreur de casting. Si Tuomas l’a viré c’est justement parce qu’il a fini par s’en rendre compte, tout comme moi au fil du temps. Parce que lors de la nomination d’Anette, j’avais plutôt un à priori positif. Mais voilà, il a bien fallu se rendre à l’évidence. C’est une très bonne chanteuse pop et sans doute une maman géniale, mais je n’écoute un groupe de métal pour entendre de la pop et ma mère parler.

    Enfin, pour ce qui est de l’accent québecois, c’est tout simplement une question de goût. Je ne sais pas pourquoi, ni d’où ça me vient, mais je trouve ça affreux.

  3. Samuel dit :

    Merci pour ta réponse, c’est intéressant ce que tu dis à propos du growl, même si je ne m’y retrouve pas vraiment 😉
    D’accord avec les limitations vocales d’Anette, avec un bémol quand même: elle m’avait bluffé lors de son interprétation de « Come Cover Me » absolument sublime, la dernière fois que je l’ai vue. Je ne l’en pensais pas capable.
    Et puis je suis aussi d’accord pour dire que Floor est peut-être la meilleure chose qui puisse arriver à Nightwish (j’en avais parlé avec un ami il y a bien longtemps… je devrais peut-être me lancer dans la voyance), mais il va falloir aller un peu plus loin que Stargazers et Sleeping Sun… un Gethsemane, un Sacrament of Wilderness, ça ça aurait de la gueule !

  4. Clélia dit :

    Pour le coup je ne suis pas d’accord avec toi Ark. Ce n’est parce qu’on ne comprend pas les paroles que le message ne passe pas. La voix peut être aussi utilisée comme un instrument de musique à part entière. Dans ces cas là, le chanteur pourrait parler du beau temps, de la pluie ou de ce qu’il mange au petit déj’, la voix remplirait quand même tout à fait son rôle. Personnellement, là où le growl m’horripile c’est quand pour moi il n’apporte rien, même au niveau musical. J’ai souvent envie de « mute » le chanteur (si seulement on pouvait !) afin de profiter des instruments. Pour moi c’est souvent du bruit, mais je pense que c’est avant tout parce que je ne comprend pas le message artistique que l’on m’envoie, tout simplement. Enfin, je dirais plutôt que je ne le « reçois » pas.

    Dans tous les cas, le message artistique du chanteur ne passe pas que par le texte, mais aussi par la voix, la mélodie, la tonalité. Heureusement d’ailleurs ! A ce titre, connaissez-vous le groupe Magma ? Pour la petite histoire, ce groupe fondé en 1969 par le batteur français Christian Vander a inventé son propre style musical, la Zeuhl. L’essentiel des paroles de Magma est chanté en kobaïen, langue aux consonances germaniques et slaves, imaginée par Christian Vander. A ce sujet, celui-ci explique que la langue française n’est pas assez expressive et ne correspond pas à sa musique. Ce groupe a toujours visé un public sensible aux musiques expérimentales, perchées mais continue de satisfaire une partie de ces spectateurs avec ses morceaux qui montent en puissance, et ces chants aux consonances inconnues. Ce groupe est assez connu également dans d’autres pays d’Europe. Pourtant, personne ne comprend les paroles. Ça mérite réflexion non ?

    Pour la petite anecdote, j’ai vu ce groupe lors d’un festival. Moi je le connais via mon père, grand fan du batteur Christian Vander. J’ai appris à l’apprécier grâce à lui. Les personnes avec qui j’étais ce jour là, des amis, n’ont pas du tout reçu le message artistique du groupe. Au même moment, ma mère était absorbée par la musique, et faisait sa groupie juste devant la scène.

  5. Arkane Derian dit :

    Avant tout, merci. Voir quelqu’un de ton âge citer Magma (même si je les connais peu et ne les apprécie pas particulièrement) ça fait chaud au cœur. En ces temps de connerie rampante et de morosité ambiante, c’est un véritable rayon de soleil. Tu remercieras ton père de ma part.

    Ceci étant dit, je pense que ton raisonnement (et donc ton avis) est basé sur une mauvaise comparaison. La différence entre Magma et la grosse majorité des groupes de death ou de black, c’est que Magma a fait le choix au départ d’utiliser une langue incompréhensible pour le commun des mortels, pour justement mettre l’emphase sur le chant et non les paroles (qui n’ont d’ailleurs par nécessairement de sens, elles sont avant tout là pour leur sonorité). Alors que les groupes de death ou de black ont eux bien choisis des langues compréhensibles, et écrit des paroles avec du sens. Ils auraient très bien pu se contenter d’éructer, mais non, ils veulent dire quelque chose, nous faire passer un message par la parole. Sauf qu’on ne comprend rien.

    Je tiens tout de même à signaler que sur le fond, je n’ai rien contre le growl. J’aime d’ailleurs bien ça quand c’est utilisé comme un instrument, pour ponctuer une musique ou une chanson. Tenez, je vous donne un exemple :

    Pour info, cet instrumental est extrait de Evocation I :The Arcane Dominion, seul album du groupe que je peux écouter (et que j’aime beaucoup), parce que dans les autres, c’est le chant growl qui est mis en avant.

  6. Clélia dit :

    Je comprend mieux ton raisonnement à présent. Lorsque le but est de faire passer un message par les mots, le texte doit être audible et compréhensible, donc le growl ne s’y prête pas forcément. Lorsque le message doit passer par la musique, le growl peut servir ce message. Et merci pour le partage de la vidéo !

    Pour revenir à Magma, je ne dis pas que je suis une grande fan, mais cela fait partie des choses qui ont « bercé » mon enfance, et font partie de mon éveil musical, au même titre que Franck Zappa, Pince, Earth, wind and fire, Kool and the Gang, Marcus Miller et j’en passe…

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