Slaying the Dreamer

Je sais, je sais, je suis à la bourre. Ça fait deux semaines que je n’ai rien écrit ici. En fait ça fait deux semaines que je n’ai rien écrit du tout. Je pourrais sans doute me trouver une bonne dizaine d’excuses (le boulot, l’extension de GW2, mes voyages à Paris et Toulouse…) mais la vérité c’est que je repoussais le moment d’écrire ce billet.

Il y a 18 ans (et je me rends compte en écrivant que c’est jour pour jour), j’étais assis dans ma voiture, garé sur le parking du restaurant universitaire, et je couchais sur papier les premiers mots de ce qui deviendrait (bien) plus tard mon premier roman. Quelques jours avant, j’avais définitivement abandonné mes cours de droit après m’être retrouvé en amphi un lundi matin à me demander ce que je foutais là à écouter le professeur d’Histoire du Droit. Alors que c’était sans conteste ce que je préférais dans le cursus. J’ai tout de suite compris que ça ne servait à rien d’insister et j’ai donc laissé tomber. Sans rien dire à mes parents.

Je me retrouvais donc obligé de me lever le matin et de partir à la fac pour qu’ils ne se rendent compte de rien. Une fois sur place, j’avais un paquet de temps devant moi et c’est ainsi que j’ai commencé à coucher sur papier les aventures que mon groupe de jeu de rôle et moi vivions à l’époque, après avoir entendu mon maître de jeu regretter que nous n’avions aucune trace de ce que nous faisions.

Je me suis très rapidement pris au jeu et je me suis découvert une passion dévorante que je n’aurais jamais pensé faite pour moi. J’ai toujours été un élève médiocre en français et j’étais plutôt du genre à me contenter du minimum de pages dès qu’il s’agissait d’écrire une rédaction, un rapport ou un quelconque autre devoir. Par contre j’ai passé mon adolescence dans les livres, qu’il s’agisse de romans ou de règles de jeux de rôle. Et depuis tout petit, j’en ai toujours eu autour de moi, mes parents étant de gros lecteurs. Si ajoute à cela ma très fertile imagination (sans doute née pour compenser le fait qu’on ne me racontait pas d’histoire quand j’étais petit), on trouve un début d’explication à ce qu’il s’est passé ensuite.

Quand j’ai commencé à écrire, je n’y connaissais absolument rien et je faisais tout au feeling. Couplé à ma grammaire hasardeuse et mon orthographe aléatoire, cela explique sans problème l’abominable premier jet que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer précédemment. Mais après quelques mois d’hésitation et une prise de conscience du travail que cela demandait, je m’y suis remis. J’ai acheté des Bescherelle de grammaire, d’orthographe et de conjugaison, ainsi qu’un dictionnaire de synonymes et de difficultés de la langue française. Et j’ai bossé, m’améliorant au fil des mots, des phrases et des pages, en m’affranchissant du jeu de rôle et en écrivant un véritable premier roman.

Les années suivantes ont été plus ou moins chaotiques pour pleins de raisons différentes. Il m’est arrivé de rester près de deux ans sans écrire sérieusement, mais j’ai toujours fini par y revenir parce que cela m’était devenu indispensable, même si je ne m’en rendais pas compte à l’époque. Quand je fais le bilan de ces dix huit années, je me rends compte que celles où j’ai été le plus malheureux, c’est celles où je m’étais éloigné de l’écriture.

Ce n’est plus une passion, c’est tout simplement une partie de moi. Cela me définit.

Mais il y a pourtant une constante durant tout ce temps : mon rêve absolu a toujours été de devenir un écrivain publié. Et publié à compte d’éditeur, pas à compte d’auteur ou auto publié (qui n’ont selon moi aucune valeur puisque n’importe qui peut le faire). Et dans ma tête, l’écriture était nécessairement liée à l’édition. Si je n’avais pas l’un, alors l’autre ne pouvait pas exister.

Pour comprendre cette manière de penser, il faut que vous sachiez que je n’écris pas pour moi. Jamais. Je sais que certains de mes collègues fonctionnent différemment et écrivent pour eux avant toute chose. Pas moi. Écrire pour soi n’a tout simplement pas de sens de mon point de vue. Mes histoires, si je ne dois en être le seul lecteur, à quoi bon les coucher sur papiers ? Je peux me les raconter dans ma tête. Et je le fais d’ailleurs très souvent. Non, si je prends la peine de passer des heures et des heures devant mon clavier, c’est pour partager mes histoires, qu’elles soient lues et que les gens en parlent entre eux ou avec moi. Et jusqu’à il y a peu, la seule façon que je voyais de vraiment partager mes textes, c’était l’édition.

Et puis ce blog a pris de l’importance. Plus que je ne l’avais imaginé au départ. C’est le premier que j’ouvre au tout venant et pour lequel je prends la peine d’en parler autour de moi. J’ai constaté qu’on pouvait tout à fait écrire et partager ces textes avec d’autres sans passer par l’édition. En un sens ça m’a libéré. Et c’est très certainement grâce à cela que j’ai pris avec philosophie les refus concernant mon dernier manuscrit. Peut-être que finalement le roman n’est pas ma meilleure forme d’expression. Ou peut-être que j’ai passé trop de temps à me cacher derrière le fantastique pour que mes textes soient assez bons.

Quoi qu’il en soit, le fait est que j’ai décidé d’abandonner mon rêve. Je n’arrêterai d’écrire sous aucun prétexte, mais je vais tout simplement arrêter de chercher à me faire éditer. Tout comme je vais sans doute arrêter d’écrire des textes de fantasy ou d’anticipation. Ce qui me conforte dans ma décision c’est que je ne ressens aucune tristesse depuis que je l’ai prise. Juste du soulagement. Comme un point final à une histoire débutée il y a dix huit ans et qui annonce le début d’une nouvelle.

Je n’ai plus qu’à me trouver un nouveau rêve.

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Un commentaire pour Slaying the Dreamer

  1. Clélia dit :

    Ah bah enfin ! C’est mort ici ^^
    Je trouve cela vraiment très sage de ta part d’abandonner ce rêve, peu d’écrivains s’y résignent et une forme de frustration s’installe en général.

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