Metallica – Metallica

Metallica
Just call my name ‘cause I’ll hear you scream

Avant d’entrer dans le vif du sujet, occupons nous de détricoter quelques légendes. Pour commencer, oui, Metallica a bien sorti un album éponyme. Le nom officiel de celui que l’on surnomme Black Album est bel et bien Metallica. Pour les quelques sceptiques, je vous invite à vous rendre sur le site officiel du groupe et à consulter la discographie.
Et tant que nous y sommes, contrairement à la croyance populaire, le surnom de Black Album ne fait pas uniquement référence à la couleur dominante de la pochette. Il s’agit surtout d’un parallèle avec le White Album des Beatles (album également éponyme et dont la pochette est entièrement blanche avec simplement Beatles écrit dessus), qui constitue un véritable tournant dans la carrière du groupe. De la même manière que ce Metallica l’a été pour ses géniteurs.
Enfin, pour en terminer avec la pochette, sachez que le serpent qui y est représenté est un élément qui vient d’une ancienne version du drapeau américain et sur lequel se trouve la devise Don’t Tread on Me  (titre d’une des chansons de l’album).

That was just your life

Pour bien comprendre l’importance de cet album dans la carrière de groupe, et l’impact qu’il a eu à travers le monde, il faut déjà savoir qui est Metallica au moment de la sortie.
Leader du courant thrash metal (et pas trash…) en compagnie des autres membres du Big Four (Megadeth, Slayer et Anthrax), Metallica a déjà quatre albums à son actif en 1991, dont l’un d’entre eux est déjà considéré à l’époque comme un monument du metal (Master of Puppets, sorti en 1986). Toutefois, en dehors d’un public averti, peu de gens connaissent le groupe et vous n’entendez pas leur singles en dehors des radios dédiés au genre.
Musicalement, le thrash est un metal qui allie vitesse et puissance. Cela se traduit par des guitares qui font déferler les notes, une batterie dont la double pédale travaille à plein régime et une production très brute. Voilà un exemple de ce que ça donne :

Pour ce qui est de Metallica plus précisément, ce qui les caractérise, ce sont des compositions souvent complexes, longues (jusqu’à près de dix minutes pour … And Justice for All sur l’album du même nom) et aux thèmes très sombres, voire durs n’hésitant pas à piocher dans la littérature (For Whom the Bell Tolls est inspiré du livre du même nom d’Hemingway) ou les problèmes de société (Eye of the Beholder parle des libertés de plus en plus limitées, Master of Puppets de l’addiction…).

The Unforgiven

Cet état des lieux terminé, il va vous être beaucoup plus facile de comprendre le choc qu’a été le Black Album pour tous les fans du groupe. Des compos dépassant rarement les cinq minutes, un rythme bien plus lent, une production ultra léchée, des thématiques très personnelles… Inutile de vous dire que ceux qui les suivaient depuis leur début ont été au mieux déboussolés, au pire se sont sentis trahis et ont hurlé au scandale. Pour eux, Metallica, c’était terminé. Surtout que l’album se vend par camions entiers, touche un public très large et, comble de l’horreur, passe sur les radios mainstream.

Nothing Else Matters

Et c’est là qu’on voit poindre les deux éternels débats qui agitent tous les milieux artistiques depuis la nuit des temps. Un artiste est-il condamné à reproduire indéfiniment ce qui l’a fait connaître ? Et son travail est-il forcément mauvais s’il touche un large public ? Pour avoir eu cette discussion à de nombreuses reprises par le passé avec beaucoup de passionnés, j’ai évidemment mon avis là-dessus, mais avant d’y venir, je me souviens plus particulièrement d’un de ces débats animés, justement au sujet de Metallica. J’avais expliqué à là personne en face de moi qu’on ne pouvait pas demander à des hommes de trente ans de faire la même musique que des post ados de vingt. Qu’en grandissant on avait forcément envie de voir autre chose, d’explorer d’autres pistes. Il m’avait alors répondu “Soit, mais qu’on ne me demande pas d’écouter leur musique de trentenaire.”
En ce qui me concerne, j’ai deux critères pour trancher ces querelles. L’œuvre est-elle intrinsèquement bonne, en dehors de toute considération de goûts personnels ? Et la démarche de départ est-elle sincère ? Si la réponse est oui pour les deux, alors vous ne pouvez rien reprocher à l’artiste. Vous pouvez simplement dire “Ça ne me plaît pas” et passer à autre chose.
Le Black Album répond-il à ces critères ? C’est ce que vous saurez en lisant le prochain ép… Comment ? Vous ne vous êtes pas tapés un pavé indigeste pour avoir les réponses plus tard ? Ok, ok, faut pas s’énerver comme ça.

Sad But True

Pour déjà savoir si c’est de la bonne musique, il suffit de reprendre les reproches que les fans hardcore font à ce disque. Commençons par cette histoire de rythme. Clairement, la vitesse générale est diminuée de plusieurs crans. Pensez-vous ! Il y a carrément deux slows ! Certes. Mais l’un d’entre eux est sans doute un des plus beau de l’histoire de la musique.

James Hetfield, le chanteur et principal auteur du groupe, avait envie d’écrire sur le manque qu’il ressentait en tournée, loin de sa petite amie. Je pense qu’on peut dire sans hésitation qu’il a parfaitement atteint son but. L’incroyable mélodie, les nappes de cordes en fond, le refrain à la fois fort et suppliant, les paroles simples mais qui font mouche… Difficile de trouver des défauts à ce titre. Je suis moins fan de The Unforgiven que je trouve plus mécanique et plus “facile”, mais cela reste un excellent morceau.
Pour les autres compos, le ralentissement leur fait gagner en puissance et en noirceur par rapport aux précédentes productions du groupe. L’intro de Enter Sandman, menaçante à souhait le prouve bien.

La force de chaque coup de Lars Ulrich sur sa batterie est démultipliée parce qu’on a le temps de tous les ressentir. Tout l’album gagne en profondeur et en impact parce qu’on ne subit plus la musique comme ça pouvait être parfois le cas avant.
Et puis il ne faut pas non plus exagérer, certaines chanson gardent un tempo soutenu. En tout cas beaucoup plus que ce que n’a l’habitude d’entendre le grand public. J’en veux pour preuve Holier Than Thou ou encore ce Struggle Within aux couplets débités à toute vitesse.

Ce côté plus direct, plus accessible se retrouve avec le raccourcissement des chansons. J’adore l’album …And Justice for All (qui précède chronologiquement le Black Album), mais il faut être honnête, il est très difficile d’accès pour quelqu’un qui ne connaît pas bien la musique en général et le metal en particulier. Chaque titre est une composition à tiroir, multipliant les lignes mélodiques. Pour le Black, on a une chanson = une idée. Est-ce mauvais pour autant ? Non, simplement différent. Et pour le grand public habitué aux chansons en 3’30”, un morceau de cinq minutes c’est tout de même long.

Reste donc les thèmes abordés. Comme je l’ai dis plus haut, la plupart des textes ne parlent plus de sujets qui concernent la société. Hetfield avait envie de parler de lui, des choses qui le touchent, qui lui font peur, des cauchemars qui le hante. Bref, il voulait quelque chose de plus personnel, mais qui en même temps parle à tout le monde. Enter Sandman évoque les cauchemars d’enfant, Sad but True de la difficulté à s’accepter, The God That Failed de sa mère morte à cause de sa religion… Tous ces sujets sont plus à même de toucher le plus grand nombre. Tout le monde ne recherche pas dans la musique un côté politique ou engagé. L’album dans son ensemble est très noir et viscéral mais sans jamais se départir d’une touche de mélancolie. Et pour moi, le meilleur morceau, celui qui résume parfaitement toutes les composantes de cet album, c’est Wherever I May Roam.

Ode à tous les musiciens qui parcourent les routes à longueur d’année, ce titre est tout simplement sublime, à commencer par cette intro au sitar électrique. Sur le solo, Lars Ulrich y fait hurler son ESP comme jamais et tout au long de la chanson, James Hetfield donne a sa voix une hargne salutaire.

Au final, malgré tous les changements apportés à ce qu’était Metallica jusqu’ici, passant du thrash au heavy, la mayonnaise prend, et même bien plus. Alors oui, “Master of Puppets” restera sans doute à jamais comme le meilleur album du groupe en terme de metal pur. Mais le Black Album a fait quelque chose dont peu de metalleux peuvent se targuer. Il a rendu le genre accessible et compréhensible pour les néophytes. Le résultat : a ce jour, l’album fait parti des cinquante meilleurs vente d’album de tous les temps, avec trente millions de copies. Seul le Back in Black d’AC/DC a fait mieux (avec dix années de ventes supplémentaires). Accompagné par l’explosion des Guns’n Roses (avec les albums Use Your Illusion I et II), ces trois groupes permettront au Hard Rock de devenir une musique populaire (non, ce n’est pas un gros mot) et de le faire connaître à des millions de gens. Avant qu’ils ne l’oublient à cause d’un type en chandail aux cheveux mal lavés.

Fiche Technique :

Album : Metallica
Artiste : Metallica
Année de Production / de Sortie : 1990 à 1991/1991
Durée de la première édition : 62 minutes
Tracklist :
– Enter sandman
– Sad But True
– Holier Than Thou
– The Unforgiven
– Wherever I May Roam
– Don’t Tread on Me
– Through The Never
– Nothing Else Matters
– Of Wold And Man
– The God That Never Failed
– My Friend of Misery
– The Struggle Within

Playlist Complète

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