SOMA – Frictional Games

Soma 01Il n’y a sans doute jamais eu meilleure époque pour pratiquer le jeu vidéo. L’explosion médiatique de la scène indépendante il y a une petite dizaine d’années a apporté un vent de fraîcheur et de nouveauté qui a fait un bien fou à tout le milieu. Elle a notamment permis l’émergence d’un genre de jeu que j’apprécie tout particulièrement, le jeu d’aventure narratif.

The Walking Dead, The Vanishing of Ethan Carter, The Stanley Parable, Life is Strange, Brothers : A Tale of Two Sons. Et encore je ne cite que ceux auxquels j’ai joué car je pourrais ajouter Gone Home ou Her Story . Et on pourrait aussi leur adjoindre quelques titres AAA qui ont clairement fait le choix de mettre l’histoire et la manière de la raconter au centre même du jeu (Alien : Isolation, The Last of Us, Alan Wake, Silent Hill : Shattered Memories, la série des Bioshock…). Non vraiment, si vous aimez qu’on vous raconte des histoires, et qu’on vous les raconte bien, vous avez beaucoup de chance de vivre au XXIième siècle.

C’est donc dans ce contexte de forte concurrence qu’est sorti SOMA le mois dernier. J’étais au départ un peu sceptique. Je n’étais vraiment pas fan d’Amnesia : The Dark Descent, précédent jeu de Frictional Games. Leur survival horror lovecraftien ne m’avait pas du tout convaincu et m’était tombé des mains d’ennui au bout d’une heure de jeu. Un peu gênant pour un jeu sensé vous faire peur. Toutefois, le peu que je savais sur SOMA avant de l’acheter m’attirait déjà bien plus. Il était question d’un héros se retrouvant dans une base sous marine abandonnée, tandis que la définition de ce qu’est un être humain était au centre de l’aventure.

Mais il en faut quand même plus qu’une idée de départ intéressante pour me faire passer à la caisse. Et puis, le vaste Omar Boulon, ex rédacteur en chef de Canard PC,  a tweeté ceci :

J’ai évidemment été lire de quoi il retournait. Il s’agit d’un long billet écrit par Adrian Chmielarz, le directeur créatif du jeu The Vanishing of Ethan Carter. Il faut savoir que Chmielarz écrit régulièrement des articles sur tout ce qui tourne autour du narrative design (l’art et les manières de raconter une histoire dans un jeu vidéo). Il a même donné corps à sa réflexion à travers sa théorie des 4 couches.

Dans l’article linké par Boulon, Chmielarz décortique ce qu’il considère comme les deux plus gros défauts de SOMA. Un conseil, si vous vous intéressez ne serait-ce qu’un minimum aux théories narratives et à la manière de raconter des histoires, allez lire tout ça, c’est tout simplement passionnant. Mais surtout quand vous parcourez le post, impossible de passer à côté du nombre incroyable de louanges qu’il tresse à SOMA. Un exemple :

« After finishing SOMA, I can tell you this. Frictional have created an incredible game, one that gets better with each hour until the breath-taking finale.« 

Un autre ?

« Whatever critique you read here, make no mistake: SOMA is worth every penny, and it’s an unforgettable experience. If I wanted to go authoritarian for a second, I would say it’s a game that every self-respecting gamer should have in their library.« 

Et croyez-moi, venant d’un des types qui a pensé The Vanishing of Ethan Carter (si vous n’y avez pas joué, dépêchez-vous de réparer cette erreur, mécréants !), ces paroles ont un véritable sens. J’ai donc sauté le pas et plongé dans SOMA.

C’est là que les ennuis commencent pour moi. A chaque chronique d’un jeu narratif, c’est le même problème : comment arriver à parler du point fort du jeu (l’histoire) sans spoiler, puisqu’il est évident que 90% de l’intérêt vient de la découverte ?

Je pense que le trailer donne déjà une bonne idée de ce qui vous attend :

Une première précision : même si le passé du studio avec Amnesia et les quelques plans un peu sanglants du trailer pourrait le laisser croire, SOMA n’est PAS un survival horror. C’est un jeu d’ambiance très angoissant certes, avec quelques passages flippants, on est d’accord, mais vous passerez la majorité de votre temps à faire de l’exploration, à lire des documents, regarder des photos, résoudre des (petites) énigmes, pour essayer de comprendre ce qui s’est passé sur Pathos II, cette immense station sous marine.

Je voudrais commencer la critique à proprement parler en disant que les p’tits gars de Frictional Game ont eu une idée de génie qui, à ma connaissance, est une première. Lorsqu’ils ont présenté et parlé du jeu avant la sortie, ils ont toujours évoqué les mêmes choses que vous voyez dans le trailer : une base sous marine futuriste où tout a mal tourné et un questionnement sur la nature de l’homme. Sauf que lorsque vous allez commencer le jeu, le premier truc qui va vous traverser la tête c’est : « C’est quoi ce bordel ? ». J’ai beau chercher dans mes souvenirs je ne trouve pas d’autre exemple d’un éditeur qui a réussi à garder le début de son jeu totalement secret. Je ne vous en dis pas plus, mais rien que pour ça, ça mérite le détour.

SOMA 02

Ceci étant dit, revenons au gros point fort de SOMA, son histoire. Ou, plus exactement, la façon dont elle vous est racontée. Les jeux se contentant de pavés de textes ou de tunnels de dialogue sont encore trop nombreux et heureusement ce n’est pas le cas ici. Bien sûr vous trouverez de nombreux journaux audio et documents à lire. Mais c’est Pathos II en elle-même qui vous racontera le mieux ce qui lui est arrivée. La station sous-marine regorge de détails sur ses habitants, qui ils étaient, ce qu’ils faisaient et ce qui leur est arrivé. La direction artistique est à ce titre brillante et compense parfaitement une technique parfois un peu à la ramasse (ça manque quelques fois de polygones) donnant une véritable personnalité au décor.

La partie sonore a également eu droit à une attention particulière. Les bruitages sont vraiment très bons et la localisation spatiale (importante pour ceux qui comme moi jouent en 5.1 ou 7.1) réussie. J’ai vu ça et là des critiques sur le doublage, mais personnellement je n’ai rien entendu qui m’ait choqué. J’ai même trouvé que le plupart des acteurs faisaient très bien leur boulot. La musique, quant à elle, est assez discrète pour privilégier l’ambiance et l’angoisse, mais les quelques plages que l’on peut entendre sont de très bonne facture.

SOMA 03

Pour ce qui est du gameplay, comme souvent dans les jeux narratifs, il est réduit à sa plus simple expression. Hormis déplacer votre personnage et interagir avec l’environnement vous n’aurez pas grand chose à faire. Comme je l’ai évoqué plus haut, les quelques puzzles à résoudre sont plutôt faciles. Par contre ils sont tous logiques et parfaitement intégrés dans leur environnement, ce qui très rare et bien plus intéressants de mon point de vue que des casses-têtes sur lesquels on reste des heures à tâtonner etsimplement posés là pour vous occuper. L’interface, quasi inexistante, remplie parfaitement sa fonction à savoir vous renseigner sans jamais vous casser l’immersion.

Mais au bout du compte, ce que je retiendrais de mes treize heures dans Pathos II, c’est d’abord, et avant tout, les questions qu’il m’a amené à me poser. Quand on fait l’inventaire des jeux vidéo capables de d’à la fois vous divertir et de vous obliger à vous questionner sur vous-même, on a vite fait le tour. SOMA est tout simplement un des plus réussi à ce niveau là. Qu’est-ce qu’un être humain ? Qu’est-ce qui le défini en tant que tel ? Quels droits et devoirs avons-nous en tant que membre de notre espèce ? L’humanité doit-elle a tout prix survivre ? Tout ça, SOMA va vous obliger à y réfléchir sans jamais apporter lui-même de réponse. Jamais il ne se pose en Père-La-Morale, jamais il ne vous explique ce que vous devez penser. Vous serez confronté à des personnages qui auront des avis différents et vous expliqueront ce qu’ils en pensent. Mais ce sera à vous de vous faire votre opinion. Et c’est sans doute pour cette raison de neutralité que les choix que vous aurez à faire durant l’aventure (et ils sont parfois très difficiles, croyez moi !) n’ont aucun impact sur l’histoire. Si cela avait été le cas, cela aurait obligé les développeurs à prendre position. Ici, vous serez seul face à vous-même quand vous devrez décider.

SOMA 04

Vous l’aurez compris, si vous avez une vingtaine d’euros et une grosse dizaine d’heures devant vous, n’hésitez surtout pas à jouer à SOMA. Je me dois par contre de signaler que j’ai eu à plusieurs reprises des crashes. Apparemment, il y a quelques soucis avec les cartes NVidia mais les développeurs ont promis un patch. Alors certes c’est agaçant parce que ça vous sort de l’ambiance quand ça arrive, mais les sauvegardes automatiques et multiples ainsi que le placement des checkpoints sont très bien gérés. Vous n’avez donc aucune excuse pour ne pas plonger à votre tour.

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3 commentaires pour SOMA – Frictional Games

  1. Sander Spade dit :

    => Wishlist Steam.

  2. Sander Spade dit :

    Ça y est, j’ai terminé SOMA.
    (C’est suffisamment rare que je termine quoi que ce soit pour que ça soit signalé)
    Je ne regrette pas les 10h excellentes que j’y ai passé.

  3. Sander Spade dit :

    Et pour compléter mon message précédent voici un lien fort intéressant (en américain, sorry pour ceux ne parlant pas la langue de Stallone).
    Attention, contient des SPOILERS, donc à ne lire que si vous avez déjà terminé le jeu (ou que vous n’avez pas l’intention d’y jouer, auquel cas tant pis pour vous):

    http://www.gamespresso.com/2015/10/01/the-four-endings-in-soma/

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