Nevermind – Nirvana

1991. Le monde est en pleine mutation depuis deux ans et la chute du Mur. Au début de l’année, la première guerre du Golfe a marqué le point de départ d’un nouveau type de conflits dont on ressent encore les effets aujourd’hui. L’euphorie post effondrement du bloc de l’Est semble désormais bien loin et « le meilleur des mondes possibles » n’est pas pour tout de suite. On pourrait résumer l’ambiance globale en un seul adjectif : désabusé.

En 1991, j’ai 13 ans, je suis en quatrième et je ne comprends pas grand-chose à ce qui se passe dans le monde. Ou plutôt je m’en moque. Je joue avec mes potes sur mon Atari 520ST, je lis Jurassic Park, je participe à mes premières fêtes sans surveillance parentale… Musicalement, c’est le Hard Rock qui monopolise mes oreilles. Iron Maiden, AC/DC, Guns & Roses, Metallica… Et le plus beau, c’est que je n’ai qu’à écouter les radios FM pour ça.

Mais ce qu’on ne sait pas à ce moment là, c’est que ce pauvre Hard Rock va se prendre un coup de pelle derrière la nuque et finir au fond d’une fosse dont il ne sortira plus. Et les responsables sont trois jeunes cons d’une vingtaine d’année avec leur guitare ultra saturée, leur voix écorchée et leurs compositions sur trois accords. Des sales gosses, héritiers de l’esprit punk d’origine et issus du mouvement grunge de Seattle.

Paradigm Shift

Ecrire aujourd’hui au sujet du « Nevermind » de Nirvana, c’est à peu près aussi pertinent que de le faire sur le « Abbey Road » des Beatles ou la Symphonie n°25 de Mozart. Des milliers de gens sont passés avant vous, la plupart du temps bien plus talentueux, et on peut trouver à ce propos des centaines de bouquins et des milliers d’articles. Et pourtant on continue à en voir apparaître de nouveaux plus ou moins régulièrement. Pour une raison simple : ces albums sont des monuments. Et en tant que tels, ils appartiennent à tout le monde, tout le monde à un avis dessus et tout le monde à un souvenir plus ou moins lié à eux.

Analysé objectivement, le succès incommensurable de Nevermind est inexplicable. Mais au fond ce n’est pas le plus marquant à son sujet. Non, ce qui relève presque du paranormal c’est comment un seul album a pu changer aussi radicalement le paysage musical mondial, enterrant tout une frange du rock pour en créer une nouvelle. Comment des mélodies aussi simples, un son aussi distordu, des paroles aussi nébuleuses ont pu toucher autant de gens ? Il n’y a, à ce jour, pas de réponse, si ce n’est cet adjectif collant tellement à l’époque : désabusé.

Le monde bascule et on s’en fout tous, moi le premier. Et Nirvana est l’incarnation de cet état d’esprit. Peu importe que ça sonne mal ou qu’on chante faux. La seule chose qui compte, c’est l’énergie que vous y mettez. Celle du désespoir. Celle qui vient de la prise de conscience que de toute façon, notre société va dans le mur, alors autant s’amuser, faire ce qu’on veut, comme on veut. Plus rien n’a vraiment d’importance.

No Futur

Quand je citais le mouvement punk plus haut, ce n’était pas par hasard. C’est ainsi que se définissait Kurt Cobain. Le titre de l’album est d’ailleurs un clin d’œil au « Never Mind the Bollocks » des Sex Pistols. Autant vous dire que le succès interplanétaire de son bébé ne l’a pas spécialement enchanté, pas plus que Dave Grohl ou Krist Novoselic d’ailleurs. Tout ce qui les intéressait, c’était leur musique. Le reste, ils s’en foutaient complètement, la célébrité en premier lieu. Alors quand un punk se retrouve érigé en modèle, il ne faut pas s’étonner de le voir se faire sauter le caisson au fusil à pompe.

Parce qu’au fond, on est tous un peu responsable de la mort de Kurt Cobain. Nous qui avons écouté « Nevermind » en boucle en criant au génie. Nous qui connaissions les paroles de « Smells Like Teen Spirit » par cœur. Nous qui ne pouvions passer une soirée sans faire un pogo. Nous qui nous croyions désabusés alors que nous n’étions que des enfants gâtés. Nous qui n’avons pas compris que ce qu’il fallait retenir de Nirvana, c’était son énergie. Et elle seule.

Fiche Technique :

Album : Nevermind
Artiste : Nirvana
Année de Production / de Sortie : 1990/1991
Durée de la première édition : 49 minutes (avec la piste cachée)
Tracklist :
– Smells Like Teen Spirit
– In Bloom
– Come as You Are
– Breed
– Lithium
– Polly
– Territorial Pissings
– Drain you
– Lounge Act
– Stay Away
– On a Plain
– Something in the Way
– Endless, Nameless (piste cachée)

Playlist Complète

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