Critique(s)

Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises sur ce blog, je n’ai aucun problème avec le fait d’être critiqué, dans le sens premier du terme. Je pense que ça va de toute façon de paire avec celui de soumettre au public sa production, quelle qu’elle soit, ainsi qu’avec la liberté d’expression. Et puis quand une critique est bien construite, elle vous fait forcément progresser puisqu’elle pointe vos points forts et vos points faibles. Le problème c’est que de nos jours, les gens ne supportent plus qu’on leur explique qu’il y a des choses qu’ils font mal. La moindre objection ou réserve soulève irrémédiablement indignations et levés de bouclier.

« Mais qui tu es pour te permettre de dire ça ? », « C’est facile de critiquer, essaie d’en faire autant pour voir ! », « Tu dis jusque ça parce que je suis *insérer ici le nom d’un quelconque regroupement de personnes* ! »… Voilà quelques uns des poncifs qui ressortent le plus souvent lorsque vous osez donner votre avis et qu’il ne va pas dans le sens du poil. C’est tout simplement effarant. Et c’est bien dommage parce que cela a des conséquences. Par exemple, pour parler de quelque chose que je connais, quand vous soumettez un manuscrit à une maison d’édition, tout ce que vous recevez comme réponse (quand vous en recevez une…) lors d’un refus est : votre manuscrit ne rentre pas dans notre ligne éditoriale. On ne vous donne jamais les véritables raisons. Pourquoi ? Parce que les éditeurs en ont eu tout simplement marre de se faire insulter quand ils expliquaient dans les détails pourquoi ils refusaient, en prenant la peine de faire un travail de correction gratuitement. Au lieu de profiter de l’avis d’un expert, les gens préfèrent penser que ce qu’ils ont produit est nécessairement du génie incompris.

J’ai moi-même été confronté à ça. Étant donné que j’écris depuis près de vingt ans maintenant, il m’est arrivé à plusieurs reprises de croiser des gens qui m’ont demandé mon avis sur leur travail. J’ai toujours lu avec attention ce qu’on m’a soumis et toujours été le plus honnête possible. Et très souvent, les intéressés l’ont très mal pris. Alors j’admets que la diplomatie n’est pas nécessairement ma qualité première, mais, comme j’ai coutume de dire : « Si tu n’es pas près à entendre toutes les réponses possibles, ne pose pas de question ». Depuis, quand quelqu’un sollicite mon aide, je lui demande au moins dix fois s’il est bien certain de vouloir mon avis et je lui rappelle que je peux très bien trouver ça très mauvais. Et que, si c’est le cas, je le lui dirais. Bizarrement, ça a refroidi presque tous les candidats…

Maintenant, pour être tout à fait honnête, je dois dire que si j’ai une aussi grande capacité à accepter la critique ce n’est pas par hasard. Je n’aime pas utiliser le terme de résilience à la légère. Le concept popularisé par Boris Cyrulnik s’applique à des gens qui ont vécu des choses bien pire que ce que je vais vous raconter maintenant. Toutefois, dans la mécanique, je pense qu’on s’en approche.

Quand j’ai commencé à écrire en 1997, je ne savais pas vraiment ce que je faisais. L’idée de départ était de raconter à l’écrit les aventures que mes amis et moi avions vécu lors de nos parties de  jeu de rôles.  Cela m’a pris un an, avançant avec l’inconscience et insouciance du débutant. Quand j’en ai eu terminé, j’étais vraiment fier de moi. J’ai fais imprimé ça en plusieurs exemplaire et l’ai distribué à mes amis pour qu’ils me donnent leur avis. Plusieurs semaines après, alors qu’on était tous réuni pour un repas, l’un d’entre eux a pris la parole en m’expliquant qu’en fait, ils étaient là pour me dire ce qu’ils avaient pensé de mon manuscrit. Honnêtement, je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu. Entendre vos cinq plus proches amis vous défoncer par surprise pendant une heure est sans contexte une des choses les plus violente que j’ai vécu. J’ai perdu ce jour là toute confiance en moi et il m’a fallu plus de six mois avant de réécrire la moindre ligne. Si je n’avais pas rencontré mon ex-femme à ce moment là,  sans doute n’aurais-je plus jamais rien écrit de sérieux.

Je peux vous assurer qu’après ça, vous êtes prêt à entendre n’importe quoi sur vous. Il n’y a plus grand monde sur cette planète qui soit capable d’atteindre mon amour propre. La question est donc : est-ce que j’en veux à mes amis pour ça ? Non. Sans doute aurait-ils dû s’y prendre autrement, sans y doute avait-il des moyens plus subtils de me faire comprendre que ce que j’avais écris était très mauvais (et je peux vous dire, avec le recul, que c’était vraiment le cas). Mais d’une part, ce n’étaient pas des professionnels. Et  d’autre part, ils avaient raison. Et s’il n’avaient pas été honnête avec moi ce jour là, je n’aurais sans doute pas fait tous les efforts que j’ai fais par la suite pour m’améliorer.

Je ne me fais pas d’illusion, je ne m’attends pas à ce que les choses changent dans notre société à ce sujet. Et c’est bien dommage. Il y a tellement à gagner quand on accepte d’écouter les critiques. Mais j’espère au moins que ceux qui lisent comprendront qu’il ne faut pas avoir peur de donner son avis. S’il est justifié et étayé, il ne peut qu’être utile à la personne à laquelle il s’adresse. A condition bien évidemment qu’elle soit prête à l’entendre.

Et c’est le cas sur ce blog.

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