CPMQLD 7

– Vous, comme représentant de l’ordre, et moi, comme agent du contre-espionnage, à votre avis, que voulons-nous protéger ? La Seconde Guerre mondiale a pris fin, il y a 50 ans. Nous n’avons pas vécu en temps de guerre. La violence que nous connaissons est criminelle. Nous ignorons ce qu’est un pays livré à la cruauté légale. La paix ! C’est la paix que nous cherchons à préserver. Que signifie la paix pour ce pays ? Pour cette ville ? Et pour nous ? Tout ce que le Japon a enduré durant la guerre s’est évanoui avec Hiroshima. Les Américains sont arrivés, avec leur force nucléaire et leur guerre froide, leurs chewing-gums et leurs sodas, et aujourd’hui des guerres éclairs éclatent un peu partout. Tout n’est que misère et désolation. Notre pays est un pays riche. Sur quoi s’est bâtie cette richesse ? Sur les cadavres de ces guerres meurtrières. Ils sont les fondements de notre paix. Nous cultivons l’indifférence comme nos parents tentaient de survivre. Les pays des autres continents paient le prix de notre paix. On nous a appris à ignorer leurs souffrances.

– Qu’importe le prix de la paix, l’essentiel est de la préserver. Même s’il s’agit d’une paix immorale. Si cette paix est injuste, elle est de loin préférable à une guerre juste.

– Les guerres justes me répugnent autant que vous. La seule acceptable était la guerre contre les nazis. Nos alliés, Capitaine. Les nazis étaient nos alliés. Combien d’hommes sont morts au combat, à qui on a fait croire que la guerre était nécessaire ? Des millions. Pourtant la différence entre une guerre juste et une paix injuste n’est pas si évidente que ça. Si la guerre juste n’est qu’un leurre, à quoi comparer une paix injuste ? On nous dit que c’est la paix mais si on ouvre les yeux, on comprend que c’est une drôle de paix. On nous dit que la guerre mène à la paix, et que la paix n’est qu’un embryon de guerre qui sommeille. Ce n’est qu’une question de temps. La dure réalité balaie nos illusions de croire que l’absence de guerre signifie la paix. Je vous repose la question. Qu’essayons-nous de protéger ? Nous jouissons de la paix à la télévision, et hors du champ de la caméra, la guerre fait rage. Nous oublions que nous sommes un cliché derrière le front. Non, nous n’oublions pas, nous refusons de nous souvenir. On ne peut pas continuer comme ça. Sinon, un beau jour, nous serons punis.

– Punis ? Mais par qui ? Par Dieu ?

– N’importe qui dans ce monde peut remplacer Dieu. Dans un univers pas plus grand que son esprit. Présent partout, sachant tout. Mais impuissant à sortir des confins de ses limites. Et là où Dieu ne peut rien faire, des hommes s’y emploient. À moins qu’on ne les arrête. Il faut les empêcher de nuire. C’est notre travail et notre devoir.

Dialogue entre Arakawa et le Capitaine Gotoh dans Patlabor 2, le passionnant et sublime thriller politique et philosophique de Mamoru Oshii

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