Le Tout Nouveau Testament – Jaco Van Dormael

Vous ne trouverez ni affiche ni bande-annonce du film dans cet article et ce pour une raison bien simple. Ce sont deux bon gros mensonges. Je ne suis pas idiot, je comprends parfaitement la nécessité de promouvoir un film, et à quel point il peut parfois être difficile de faire comprendre à l’éventuel futur spectateur ce qu’il peut attendre lors de la projection. Mais il y a tout de même des limites et elles se situent au moment exact où le distributeur choisit sciemment de mettre en avant un point de détail d’un film pour faire croire qu’il en représente la totalité.

La coïncidence est étrange parce que c’est un sujet que j’avais l’intention d’aborder dans les prochains jours à travers le film The Voices de Marjane Satrapi, mais l’actualité m’en donne l’occasion avec Le Tout Nouveau Testament. Il faut absolument que cette pratique s’arrête. Si les responsables du département marketing ne savent pas comment vendre un film, il vaut mieux qu’ils ne disent rien plutôt que d’induire les gens en erreur et de multiplier les déceptions à la sortie. Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, si vous regardez la bande-annonce ou l’affiche, vous aurez l’impression qu’il s’agit d’une comédie délirante avec Benoit Poelvoorde en acteur principal. Ce qui est faux. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est l’exact opposé, mais c’est quand même relativement éloigné.

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Chut ! Dieu travaille !

Le Tout Nouveau Testament vous raconte l’histoire d’Ea, la fille de Dieu. Plus exactement c’est Ea qui vous raconte son histoire, puisqu’elle s’adresse directement au spectateur tout au long du film. Elle a dix ans et n’est pas très heureuse, c’est le moins qu’on puisse dire. Il faut dire que Dieu est une véritable crevure. C’est un type amer qui passe son temps à créer des lois absurdes uniquement pour emmerder les humains grâce à son ordinateur. C’est d’ailleurs son seul plaisir dans la vie : pourrir la vie de ses créations. Sa femme, une pauvre fille qui subit les humeurs et les humiliations de son mari, ne dit jamais rien et se contente d’effectuer les tâches ménagères en laissant sa fille se faire corriger à coup de ceinture.

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Repas de famille chez Dieu

Tout ça Ea ne le supporte plus. Enfermée avec ses parents pour l’éternité dans un petit appartement minable, elle décide, après une raclée de plus, de faire payer son père et de s’enfuir pour créer le tout nouveau testament. Elle envoie donc leur date de décès à tous les humains, colle un virus dans l’ordinateur de son père puis part sur Terre afin de trouver ses six apôtres.

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Ea quitte le domicile familial

Comme vous pouvez le constater, on est très loin de la grosse poilade et si Benoît Poelvoorde (qui joue excellemment bien cet ignoble Dieu) est présent, c’est bien Ea et ses six apôtres qui sont au centre du film. Un film certes drôle (voire même très drôle par moment), mais à l’humour absurde, voire non sensique, qui bascule dans la poésie une fois Ea sur Terre.

En effet à partir de ce moment là, la fille de Dieu va rencontrer chacun de ses apôtres et leur demander de raconter leur vie. Le point de vue se déplace et chacun à leur tour ils vont expliquer qui ils sont et ce que l’annonce de la date de leur décès a changé. Pour chacun d’eux, Ea va réaliser un (petit) miracle afin de les gagner à sa cause. Certains d’entre eux sont de véritables moments de grâce pure. Je pense notamment à la scène de la main qui danse ou au ballet des oiseaux. Rien que pour ça, le Tout Nouveau Testament mérite d’être vu.

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On a les apôtres qu’on peut

Mais c’est loin d’être le seul atout du film. La facture visuelle est sublime et ceux qui ont vu Mr Nobody (précédent film du réalisteur, A VOIR ABSOLUMENT) ne seront pas étonnés. Les acteurs sont tous parfaits, notamment la jeune Pili Groyne qui joue Ea, très bien secondée par ses apôtres et son scribe, tous au diapason. La musique joue également un grand rôle puisque chaque apôtre est représenté par un morceau de classique, et que la musique composée pour le film est une petite merveille.

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Don’t ask…

Ce mélange de bilan technique impeccable, de poésie, de personnages secondaires marquants, de description du quotidien par l’entremise de petites choses caractéristiques rappelle inévitablement Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, mais qu’on aurait trempé dans un mélange d’humour belge et des Monty Python.

La rentrée cinéma 2015 n’est pas des plus passionnante, aussi je vous encourage vivement à aller voir Le Tout Nouveau Testament, ça vous fera un bien fou et vous redonnera un peu foi en l’humanité. Parce qu’au fond c’est le message qu’essaie de faire passe Jaco Van Dormael, il est temps qu’on croit un peu plus aux hommes et un peu moins en Dieu.

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