Angst

Je n’ai pas écrit ces derniers jours. Pas par manque d’envie, pas par manque de sujet, ni même par flemme. Non c’est autre chose qui m’en empêche.

Peut-être que certains d’entre vous ont déjà écrit (s’entend : autre chose que la liste des courses ou un mot d’excuse pour la grippe du petit dernier) ou pratiqué n’importe quelle forme de création artistique (je n’aime pas le mot mais c’est celui qui convient le mieux). Si c’est le cas, sans doute comprendront-ils mieux ce que je vais tenter d’expliquer à ceux pour qui ce n’est pas le cas.

Quand on veut créer, il faut avoir l’esprit libéré. Libéré des contraintes du quotidien, libéré des soucis personnels plus ou moins graves, libéré des interférences extérieures. Ce n’est pas pour rien que je passe les trois quarts de mon temps enfermé chez moi, dans la pénombre, coupé autant que possible du monde extérieur, et que je me débarrasse toujours le plus vite possible de ce qui pourrait me parasiter (factures, paperasserie, courses…). Bien évidemment, personne n’est jamais totalement libéré. C’est impossible, à moins d’être un richissime maître zen vivant dans un coin reculé avec une armée de larbins pour s’occuper de tout. Mais moi, j’ai en plus un handicap.

Si je devais me définir intellectuellement parlant, j’utiliserais deux adjectifs : imaginatif angoissé. Et laissez moi vous dire une chose : c’est un mélange très instable. Si le côté imaginatif est une véritable aubaine quand on est en phase créative, cela devient un véritable fardeau lorsqu’il cohabite avec le côté angoissé. Je vais prendre un exemple pour essayer d’être clair.

Admettons que vous ayez invité des amis à dîner chez vous à 20h. Vers 20h15, ils ne sont pas encore arrivés, vous tentez de les joindre par téléphone mais ça ne répond pas. A 20h30, toujours personne, vous râlez parce que le dîner va être froid et qu’ils sont chiants à être toujours en retard. Et à 20h45 vous les voyez débarquer les mains pleines de cambouis parce qu’ils ont dû changer leur roue crevée en pleine campagne et qu’il n’y avait pas de réseau. Vous vous moquez d’eux et vous passez finalement une bonne soirée. Ça, c’est la réaction normale. Chez moi, c’est un peu différent.

Déjà, je commence à râler et à passer des coups de fils à 20h05. A 20h10 je commence à me demander s’ils n’ont pas finalement annulé sans me prévenir parce qu’ils m’en voudraient encore pour une broutille vieille de cinq ans et dont je suis sans doute le seul à me souvenir. A 20h15, je commence à me dire qu’ils ont peut-être eu un accident, que c’est terrible et que je suis vraiment un con d’avoir râlé y a dix minutes. Et je vis donc la demi-heure qui me sépare de leur arrivée avec une véritable boule au ventre en essayant d’occuper mon esprit en faisant dix choses à la fois. Inutile de vous dire que ce n’est pas très efficace. Et quand ils sont vraiment là, je fais comme si de rien était en les vannant sur leur retard.

Alors c’est un peu exagéré évidemment. Mais pas tant que ça. Et c’est ainsi pour tout. Dès que quelque chose ne va pas comme prévu, que je perds le contrôle sur mon environnement direct, qu’il arrive quelque chose à quelqu’un que j’apprécie… Mon esprit se met à fabriquer des scénarios tous plus horribles (et la plupart de temps, idiots) les uns que les autres. La moindre contrariété prend des proportions bibliques. Les pires moments  sont ceux où je me rends compte que je suis en train de dérailler et que je n’arrive pas à me raisonner. En plus de tout le reste vient s’ajouter la honte et le dégoût. Ça m’a joué des tours des dizaines de fois, allant jusqu’à perdre des amitiés qui m’étaient très précieuses parce que je passais mon temps à être effroyablement exigeant avec les autres pour m’éviter ces angoisses.

Alors avec l’âge, j’ai appris à plus ou moins maîtriser tout ça et c’est beaucoup moins envahissant au quotidien. Mais c’est toujours aussi pénalisant quand je dois écrire. Et comme mon esprit est monopolisé depuis deux jours par un soucis, hé bien je n’écris pas. Ou peu et mal. Tout ce que j’arrive à produire, c’est ce que vous êtes en train lire. Et qui ne doit pas passionner grand monde. Déjà que moi, ça m’ennuie… Mais avec un peu de chance, ça agira comme une sorte d’exorcisme. Vous saurez si ça a marché en regardant la date du prochain post…

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