Fear The Walking Dead – Robert Kirkman

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On s’est tous demandé en lisant un livre ou en regardant un film ou une série : « Comment aurais-je réagis dans cette situation ? »

D’ailleurs, si vous ne le vous demandez pas, c’est que ce que vous êtes en train de regarder/lire n’est pas très bon. C’est forcément ce qu’un auteur/réalisateur recherche quand il travaille sur une œuvre : vous faire entrer dans la peau de ses personnages. Bien sûr il y a des contextes qui se prêtent plus ou moins bien à la chose. J’entends par là qu’il est plus facile de s’identifier à un personnage qui vit à notre époque et confronté aux même problèmes que nous, qu’à un personnage appartenant à une galaxie très très lointaine et qui doit sauver le monde. Ce décalage, il est le pilier fondamental de Fear The Walking Dead.

Cette série, dont la diffusion sur la chaîne américaine AMC vient tout juste de débuter, est un spin off de The Walking Dead, diffusée sur la même chaîne depuis bientôt cinq ans, et adaptée d’un comic américain écrit par Robert Kirkman. Pour ceux qui ne connaîtraient pas l’œuvre originale, sachez qu’elle raconte le quotidien d’un groupe de personnages un an après qu’une mystérieuse infection ait commencé à transformer toute personne mourante en zombie. La Terre n’est plus qu’un vaste monde à l’abandon où la seule loi encore vigueur est « tué ou être tué ».

J’aime beaucoup The Walking Dead, qu’il s’agisse du comic ou de la série. De mon point de vue de personne ayant perdu toute foi en l’humanité, je pense qu’elle décrit parfaitement ce qu’il se passerait si une telle chose arrivait. Ou si n’importe quelle apocalypse s’abattait sur notre planète. Je fais parti des gens qui pensent que l’être humain est un animal qui lutte quotidiennement pour oublier qu’il en est un. Pour moi, tout ce qui nous occupe, la vie en société, la culture, la politique, la guerre… Ce ne sont que des distractions pour nous éviter de nous entredévorer. Et The Walking Dead le démontre avec éclat en décrivant cet univers où tout cela a disparu pour de bon et qu’il n’y a plus aucun espoir de retour en arrière.

Mais aussi fascinante et bien écrite que puisse être cette histoire, il n’en reste pas moins une certaine barrière entre les personnages et nous. Les terribles choix auxquels ils sont confrontés ne leur tombent dessus que parce qu’ils évoluent dans un univers dévasté où la morale n’est plus qu’un choix personnel et non plus une obligation imposée par la société. Et c’est sans doute pour cela que le comic et la série où un immense succès. Cette distance entre réalité et fiction permet au lecteur/spectateur de se donner des émotions sans réellement avoir à se remettre en question. Il se contente d’un « Moi j’aurais fait de cette manière ». Et c’est justement cette barrière que Fear The Walking Dead semble vouloir faire tomber.

L’idée de départ du spin off n’est pas particulièrement originale sur le papier. On suit également un groupe de personnage mais cette fois au moment même où l’infection commence à apparaître. Ça n’a l’air de rien, mais cela fait toute la différence.

La série prend place à Los Angeles, de nos jours. Les personnages principaux sont un couple de quadragénaire, chacun ayant déjà été marié et ayant des enfants. Lui est professeur d’anglais, elle est conseillère d’éducation, leurs enfants sont des ados… Bref leur vie pourrait tout à fait être la nôtre. Du coup l’identification et l’empathie fonctionnent à plein régime. Par contre, autant vous prévenir, l’ambiance est hautement anxiogène. Autant The Walking Dead misait sur la peur et le gore, autant sa petite soeur fait tout pour vous mettre mal à l’aise en plongeant des gens « normaux » dans une situation qui, si elle ne l’est absolument pas, pourrait tout à fait vous arriver demain.

FTWD

Vous ne pouvez donc plus vous cacher derrière le « Ouais, mais tout ça c’est de la télé au fond ». Que ce soit les scènes d’émeute, la réaction des gens (de la plus stupide à la plus sensé) face à l’improbable, les réponses des autorités… Tout sonne vrai. Et alors que The Walking Dead fait exploser ses cadavres ambulants en gros plans par paquet de douze, Fear The Walking Dead ne montre finalement que très peu les zombies, et souvent de loin, faisant presque oublier que l’on est dans le fantastique, augmentant d’autant le malaise quand vous voyez un personnage en tuer un.

Pour l’instant seuls deux épisodes ont été diffusé, et il est toujours difficile de savoir comment une série va évoluer. Mais pour ce qu’on en a vu pour le moment, Fear The Walking Dead est tout simplement brillante. Bien écrite, bien interprétée, bien filmée, bien mise en musique, avec des moyens… Vraiment difficile de lui trouver des défauts et les scores d’audience ont été historique pour la chaîne. Il va être très intéressant de suivre si les gens vont oser rester devant quelque chose qui les place devant leurs propres dilemmes, leurs propres doutes et les oblige à s’y pencher sérieusement. Est-ce que l’américain moyen va supporter longtemps qu’on lui place un miroir en face de lui ? On en reparle très vite puisque la première saison ne comportera que six épisodes.

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