Never Again

Je n’ai jamais été un grand fan des tatouages. Certains sont très beaux, mais c’est plus le dessin en lui-même que j’apprécie que le fait de se le coller sur la peau. Et pourtant j’ai deux gros tatouages sur l’intérieur de mes avant-bras.En fait, ce qui me dérange dans la plupart des tatouages actuels, c’est qu’ils sont, pour la très grande majorité d’entre eux, de simples ornements. Or, au départ, le tatouage a une fonction. Il peut être thérapeutique, guerrier ou de marquage, mais auparavant on ne se tatouait pas pour faire joli, parce qu’on avait peur d’oublier le prénom de ses gosses ou qu’on avait une mère.

C’est donc logiquement que, tant que je n’ai pas eu une raison précise de m’en faire, je n’ai jamais été attiré par la chose. Et ne faisant pas parti des masochistes, l’idée de me faire mal volontairement ne m’excitait pas plus que ça…

Autant prévenir tout de suite les curieux, vous ne saurez pas exactement pourquoi je suis tatoué. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’à un moment de ma vie, après m’être retourné sur celle-ci, je me suis rendu compte à quel point j’avais fais du mal à des gens, que nombre de mes décisions importantes avaient été prises pour de mauvaises raisons et que j’avais fais énormément d’erreurs. J’ai donc ressenti le besoin de faire en sorte que cela ne se reproduise pas.

Mes tatouages sont donc des marquages. A là fois pour prévenir les autres que je n’ai pas toujours été celui que je suis aujourd’hui, mais aussi, et surtout, pour m’obliger, chaque fois que j’ai un choix important à faire, à repenser à tout ce que j’ai fait de travers auparavant. Évidemment ça ne me dédouane absolument pas de tout le mal que j’ai infligé (aux autres ou à moi-même). Il n’est aucunement question de rédemption ici. Mais si je peux éviter de saler un peu plus l’addition dans l’avenir, autant le faire. J’aime d’ailleurs appeler mes tatouages des post-it. Parce qu’au fond, c’est de bien de ça dont il s’agit.

Pour ceux qui n’en ont pas et qui se posent la question, oui, quand on vous le fait, ça fait mal. Plus ou moins suivant votre capacité à encaisser la douleur et l’endroit où vous vous faites tatouer, mais ça fait mal. Et en ce qui me concerne, ça faisait intégralement parti du processus. Il fallait que ce soit aussi marquant visuellement que mentalement, que cela soit une véritable étape dans ma vie. Un tournant.

J’ai donc subit trois sessions pour un total de six heures. La première, c’était un matin et je n’avais pas pris de petit déjeuner. J’ai failli tourner de l’oeil au bout d’une heure. Je me suis demandé à de nombreuses reprises ce qu’il m’avait pris et ce que je faisais là, mais à chaque fois, il me suffisait de me remémorer un souvenir peu glorieux de mon passé pour me répondre mentalement : « Tu paies pour ça. Voilà ce que tu fais là ».

Mais je n’ai par gardé que des souvenirs de douleurs de ces séances. Ça a été l’occasion pour moi de rencontrer un personnage atypique. Xtof, mon tatoueur est quelqu’un que je n’oublierais jamais. Durant ces quelques heures nous avons pu échanger sur pas mal de sujets et il a été visiblement touché par les raisons pour lesquelles que je me faisais tatouer. En effet en temps normal, il ne fait pas de lettrage et laisse ce genre de choses à ses collègues. Mais comme je lui ai laissé une liberté artistique, il a accepté de me le faire. De mon côté j’ai découvert un véritable artiste généreux et ouvert. Après la première séance, il m’a d’ailleurs payé un sandwich histoire de me remettre de mes émotions.

Aujourd’hui, quand je regarde ces deux mots qui font désormais parti intégrante de mon corps, j’ai véritablement la sensation qu’Xtof a su se saisir de toute la noirceur en moi pour m’en débarrasser et fabriquer une encre. Encre qui lui a servi à me laisser ces marques pour que Plus Jamais je ne retombe dans ces ténèbres.

Ça fait maintenant cinq ans qu’ils sont là. Est-ce que j’ai fais des erreurs depuis ? Bien évidemment. Mais je pense sincèrement être quelqu’un de meilleur aujourd’hui qu’il y a cinq ans. Ou, en tout cas, de moins mauvais. Et tant qu’on ne m’arrachera pas ces tatouages, il n’y a pas de raison que ça cesse.

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